Paul May: «La guerre en Ukraine donne-t-elle raison au penseur Samuel Huntington?»
L’invasion russe de l’Ukraine semble vérifier la thèse défendue par l’universitaire américain Samuel Huntington voilà plus de 25 ans dans un livre célèbre et très attaqué, Le Choc des civilisations, explique le professeur de science politique à l’université du Québec à Montréal.
À plusieurs égards, le conflit actuel en Ukraine semble accréditer la thèse du politologue américain Samuel Huntington, auteur du célèbre ouvrage Le Choc des civilisations, paru en 1997 en langue française.
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Pour saisir la pensée de Huntington, il convient de se replonger dans le contexte de son élaboration. Pour la plupart des analystes de la décennie 1990, la fin de la guerre froide et l’effondrement de l’Union soviétique consacraient la victoire de la démocratie libérale, modèle qui se retrouvait sans alternatives politiques crédibles. Alors que le XXe siècle avait été le théâtre de violents affrontements entre des modèles politiques rivaux, un consensus graduel semblait émerger autour des principes démocratiques et libéraux, qui n’étaient plus contestés que par des franges minimes de l’électorat. Les vagues successives de démocratisation des années 1980-1990 dans des pays jusqu’alors dirigés par des régimes autoritaires (en Europe de l’Est et en Amérique latine notamment), puis l’entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce en 2001, semblaient valider ce diagnostic optimiste, parfois qualifié de «fin de l’histoire», terme hégélien repris par Francis Fukuyama.
