2022, présidentielle de crises - Par Dominique Reynié (Fondapol)
La nouvelle étude de la Fondation pour l’innovation politique, "2022, présidentielle de crises", propose de mieux cerner l’impact de la guerre russe en Ukraine sur le déroulement de la campagne et sur l’issue de l’élection présidentielle française. Son influence sur le scrutin pourrait être d’autant plus déterminante que les cadres classiques de la compétition électorale ont perdu une bonne part de leur capacité régulatrice : le rôle des médias est contesté par les réseaux sociaux, tandis que les candidats et les partis de gouvernement sont concurrencés, voire distancés par les populistes.
Ce contexte singulier décrit une « présidentielle de crises », au croisement de bouleversements internes et externes. Cette étude prolonge notre observation du risque populiste en France mise en place lors de la crise des Gilets jaunes et dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022. Notre enquête a été administrée du 10 au 14 mars 2022, auprès d’un échantillon de 3.108 personnes inscrites sur les listes électorales et issues d’un échantillon de 3.449 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
Dominique Reynié: «Tout montrait que nous n’allions pas vers une élection ordinaire»
Pour le directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, «depuis une quinzaine d’années, les partis ont échoué à représenter la société.»LE FIGARO. - Votre enquête fait état d’une «présidentielle de crises». De quelle façon ces crises bousculent-elles la campagne?
Dominique REYNIÉ. - Cette crise gravissime en Ukraine confirme que le monde est redevenu dangereux pour nous. Elle alimente le sentiment que nous ne sommes plus dimensionnés pour faire face aux menaces qui pèsent sur le monde occidental. Cette crise souligne par ailleurs notre dépendance à des pays différents de nous, au plan politique, comme la Chine et la Russie, des pays qui ne nous estiment pas, qui ne reconnaissent pas notre modèle politique mais dont nous sommes devenus les obligés dans beaucoup de domaines essentiels à nos vies. Deux crises majeures, l’épidémie et la guerre en Ukraine, s’enchâssent l’une dans l’autre et révèlent aux Français la grande fragilité de leur pays. Ces troubles et ces crises du monde fragilisent notre démocratie en envahissant notre actualité, en occupant nos esprits, et en nous empêchant de débattre, comme nous le faisions, de notre pays et de ses problèmes.
