Refonder la démocratie française par la réhabilitation de l’intelligence politique - Par Maxime Tandonnet
Les qualificatifs de la presse quotidienne pour célébrer la victoire d’Emmanuel Macron, « apothéose », « exploit », « triomphe » contrastent avec la résignation apparente du pays. Faut-il s’extasier de la réélection d’un président réélu avec 38,5 % des inscrits dans le contexte d’un vertigineux déploiement de propagande sur cinq ans et face à un adversaire « diabolisé » dont tout le monde savait par avance que ses chances de l’emporter étaient infimes ?
Depuis 1965, l’élection présidentielle a toujours été vécue comme le moment clé de la démocratie française. A travers la « rencontre d’un homme et de la Nation », le pays effectuait un choix de destin. Ainsi, en 1974, il optait pour le libéralisme économique et sociétal. En 1981, il se donnait au « socialisme à la française » qui prétendait changer la vie, puis confirmait cette option en 1988. En 1995, il prenait conscience de la nécessité de remédier à la « fracture sociale » et en 2002 plébiscitait le retour à la sécurité. En 2007, il se prononçait en faveur de l’identité nationale et de la valeur travail, puis en 2012 se tournait vers celui qui voulait taxer lourdement les « riches ». Même en 2017 dominait le thème du renouvellement et de l’exemplarité.
Certes ces promesses ont rarement été tenues mais au moins, elles donnaient jusqu’à présent un habit d’illusion à l’élection présidentielle. En revanche, jamais le vote suprême n’a été aussi vide et dépourvu de tout sens qu’en 2022. Pour la première fois, il s’est cantonné à une dimension plébiscitaire entièrement tournée vers la confirmation de l’occupant de l’Elysée.
