Qu’est-ce que la puissance ? - Par Jean-Baptiste Noé
Le mot est presque banni, voire tabou. La puissance a mauvaise presse car elle serait synonyme d’expansionnisme et d’impérialisme. Pourtant, elle est une condition de la liberté des peuples et des États. Plus que jamais, la puissance demeure l’épée du monde.
Le mot a été quasiment banni. On n’ose plus parler de puissance car cela évoque trop l’impérialisme, l’hubris expansionniste de l’Empire qui veut imposer aux autres ses idées et son pouvoir. La puissance serait la potestas, c’est-à-dire le pouvoir imposé et non pas l’auctoritas, c’est-à-dire l’autorité, la puissance qui émane de sa compétence, de ce que l’on est. La puissance, c’est aussi la grandeur et la volonté de jouer un rôle sur la scène mondiale ; rôle qui nous serait donné par l’histoire, la géographie, le destin. Non pas seulement une puissance pour soi mais aussi pour les autres. Une sorte de destinée et de vocation que chaque nation aurait, et certaines plus que d’autres.
Être puissance pour être libre
La puissance se décline. Elle peut être militaire, économique, culturelle, intellectuelle. La Grèce vaincue et occupée par Rome n’a-t-elle pas manifesté sa puissance en imbibant d’hellénisme la pensée romaine ? Rome submergée par les barbares a poursuivi sa puissance dans le fait que les Francs, les Wisigoths, les Alamans et les autres peuples ont repris les regalia romaines et ont chaussé les souliers politiques de l’Empire. Charlemagne se voit toujours comme l’héritier de Rome et de l’Empire et Napoléon, à bien des égards le dernier Romain, est vêtu comme César et adopte l’aigle comme symbole. Toujours la puissance de Rome même 1 300 ans après sa chute officielle.
