Nicolas Baverez : «Les conséquences économiques de la guerre en Ukraine»
La politique économique se trouve écartelée entre deux objectifs contradictoires: éradiquer l’inflation ou lutter contre la récession.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie marque la fin de l’après-guerre froide et ouvre une grande confrontation entre les régimes autoritaires et les démocraties.
La Russie, isolée derrière un nouveau rideau de fer idéologique et politique, mais aussi économique et technologique, monétaire et financier, se trouve engagée dans un grand bond en arrière. La récession atteindra 8% en 2022. À terme, le produit intérieur russe, actuellement comparable à celui de l’Italie, diminuera de 12% et 15%. Surtout seront ruinées les parties les plus modernes de l’économie et de la société. L’obsession impériale de Vladimir Poutine aboutira ainsi à mettre la Russie dans la main de la Chine, qui ne dispose par ailleurs pas des moyens industriels, technologiques et financiers de remplacer en totalité l’Occident.
Mais les démocraties sont également touchées de plein fouet. La guerre provoque un double choc: sur l’offre, en raison des ruptures d’approvisionnement et du doublement des prix de l’énergie (le cours moyen de l’électricité s’est établi à 296 euros par mégawattheure en mars en Europe) et des matières premières ; sur la demande, du fait de la baisse du pouvoir d’achat résultant de l’inflation. Les prix évoluent désormais sur un rythme de 9,8% par an en Espagne, 7,3% aux États-Unis et en Allemagne, 4,5% en France, plus de 6% dans la zone euro. Alors que la relance née du rattrapage de l’année 2020 ralentissait, la croissance sera amputée de 1,5 à 2 points. La zone euro, à la suite de l’Allemagne, pourrait basculer dans la récession en cas de rationnement ou d’arrêt des livraisons de gaz russe. Le risque de stagflation deviendrait alors réalité.
