Nicolas Bouzou : «Pourquoi je m'oppose à l'anonymat en ligne»
Dans une interview accordée au Point, Emmanuel Macron a réaffirmé son opposition à l'anonymat sur internet. L'économiste Nicolas Bouzou défend cette position au nom de la responsabilité qui incombe à chacun, dans un pays libéral, d'assumer ses propos.
Nicolas Bouzou est le fondateur du cabinet de conseil Asterès. Dernier ouvrage paru : Pour un libéralisme populaire (éditions de l'Observatoire, 276 pages, 20€).
La liberté ne s'entend pas sans responsabilité, c'est la raison pour laquelle je suis favorable à l'interdiction de l'anonymat sur les réseaux sociaux, sauf dans des cas spécifiques comme celui des dissidents dans les dictatures. Et c'est justement parce que cette responsabilité est indissociable de cette liberté que c'est au nom du libéralisme que je plaide pour cette interdiction. À l’inverse, il est difficile de plaider que la multiplication des comptes anonymes participe de la liberté d'expression telle qu'on la conçoit dans les sociétés civilisées. La liberté ne peut pas vivre sans que les personnes fassent preuve d'une morale commune minimale. Se parler à visage découvert fait partie de cette morale.
Pour l'heure, les réseaux sociaux sont soumis au même Droit que la vie «réelle». Il est interdit de diffamer, de menacer et d'appeler à la haine. Le révisionnisme est lui aussi proscrit. Ce Droit est de mieux en mieux appliqué, non pas seulement en raison de la modération engagée par les réseaux sociaux eux-mêmes, car cette modération reste très insuffisante. Mais, surtout, en France, la création d'un Parquet Numérique compétent, pendant de la plateforme de signalement Pharos, a amélioré la rigueur de l'application de la Loi. C'est une excellente chose. Mais cela ne fait pas des réseaux sociaux des lieux civilisés, loin de là. Cette absence de civilité est largement liée à l'anonymat qui permet aussi la multiplication des faux comptes. Peut-être faut-il avoir subi le harcèlement des antivax, des Insoumis et des trolls russes pour y être sensible et le percevoir clairement.
