1er tour de l'élection présidentielle 2022 : l’échec des droites. Mais à qui la plus grande faute ? - Par Vincent Tournier

Marine Le Pen revendique l’union nationale mais Valérie Pécresse et Éric Zemmour se revendiquaient de droite. Les deux se sont pris une grande claque.


Atlantico : Valérie Pécresse et Éric Zemmour se revendiquaient de droite ils ont été sévèrement battus, Marine Le Pen elle a moins cherché cette étiquette et appelle à l’Union de tous les anti-Macron et se qualifie largement pour le second tour de l’élection présidentielle. Dans quelle mesure est-ce l’échec des droites que traduit ce premier tour de l’élection ?

Vincent Tournier :
Tout dépend de quelle droite on parle, mais il est clair que la droite gouvernementale sort anéantie de ce scrutin, comme la gauche gouvernementale avait été pulvérisée lors du scrutin précédent de 2017. Il y a cinq ans, François Fillon avait su résister à l’ouragan Macron, mais ce n’est plus le cas avec Valérie Pécresse, qui est loin, très loin même, des 19% de son prédécesseur. Elle obtient un score humiliant, inférieur au seuil de 5% qui permet d’accéder au remboursement par l’Etat. Dans le cas d’Éric Zemmour, il faut être plus nuancé : son score de 7% n’est pas très élevé compte-tenu de ses ambitions initiales, mais on manque de point de repère.

En revanche, Marine Le Pen obtient un très bon score : c’est même le meilleur score obtenu par le FN/RN depuis sa création. Et si on additionne ce résultat avec celui d’Éric Zemmour et de Nicolas Dupont-Aignan, on arrive à un total de 32-33%, ce qui est très conséquent. Cela veut dire que le bloc de droite nationale est solidement implanté. Le revers de la médaille est que ce bloc risque d’être impuissant.

Le problème est en effet qu’il n’existe plus d’espace pour la droite gouvernementale, comme il n’existe plus d’espace pour la gauche gouvernementale. De ce point de vue, Emmanuel Macron a achevé de faire imploser le système politique traditionnel. En se positionnant très habilement comme le président à la fois de l’ordre et du changement, de l’Europe et de la nation, il a court-circuité toute opposition sur sa gauche comme sur sa droite, obligeant ses opposants à se déporter vers des positions plus radicales. Même les écologistes n’ont aucun espace, mais il est vrai que leur projet d’austérité est inaudible dans une campagne dominée par la question du pouvoir d’achat et du retour de l’inflation.