L'après 1er tour de l'élection présidentielle: "Ecoeuré !" - Par Philippe Bilger
Ecoeuré.
Parce que déjà la dénonciation morale s'est substituée à l'analyse politique et qu'on serait bien en peine d'expliquer ce que recouvre le terme globalisant et paresseux d'"extrême droite" et ce qu'aurait de raciste le concept de préférence nationale.
Parce que le relatif effacement démocratique de la campagne, la posture tutélaire et la frilosité judiciaire ont apporté au candidat Macron des avantages indéniables.
Parce que l'extrême gauche violente a sévi à Rennes et à Lyon durant la nuit du 10 au 11 avril pour protester contre les résultats du premier tour et la "dynastie Le Pen" mais que c'est le RN qui est stigmatisé comme antirépublicain !
Parce qu'à la suite d'une campagne durablement médiocre - contrairement à celle de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen -, LR est menacé de dislocation et que des conséquences tragiques en résultent, notamment financières. L'alternative est simple. Ce parti meurt ou il s'efface pour laisser la place à des responsables nouveaux et à une vision intelligemment et authentiquement de droite, qui n'aurait rien à voir avec le macronisme, ce que malheureusement Valérie Pécresse n'est pas parvenue à démontrer.
Parce que la position personnelle de cette dernière est aberrante qui va la conduire à voter en faveur d'Emmanuel Macron alors qu'elle n'a pas cessé de critiquer le bilan de celui-ci en le jugeant néfaste pour la France. Cette attitude est contraire à toute morale politique alors qu'une solution de synthèse était possible, conciliant l'éthique publique et la lucidité civique : un "ni ni" récusant les deux candidats du second tour, au lieu de laisser croire qu'Emmanuel Macron serait un moindre mal. Que Rachida Dati et Xavier Bertrand, exemplaire par sa loyauté, soutiennent le choix de Valérie Pécresse est dramatique : au lieu de résister à la confusion, c'est l'encourager. Que la gauche et l'extrême gauche, qu'un gouffre sépare du RN, appellent à voter contre ce dernier, est logique mais que LR, même hostile à une possible union des droites, ne perçoive pas la familiarité intellectuelle et politique qui existe entre eux et le RN pour certaines problématiques, par exemple de sécurité, de justice et d'immigration, est invraisemblable.
Les Républicains, sans imagination, ont décidé de ne pas apporter une seule voix à Marine Le Pen : exactement comme Jean-Luc Mélenchon ! Je ne suis pas persuadé que le renouveau est en marche !
