Et si la vraie crise de notre démocratie tenait à l’impuissance grandissante de ceux qui nous dirigent - Par Chantal Delsol et MaximeTandonnet

Cette crise démocratique qui n’a que très peu à voir avec les retraites ni avec les « extrêmes ». Mais à laquelle le gouvernement ne comprend absolument rien.


Atlantico : Laurent Berger a estimé ce mercredi que "la crise sociale est en train de se transformer en crise démocratique", après une réunion entre Élisabeth Borne et les syndicats qui n'a pas abouti, sans surprise, sur le retrait de la réforme des retraites. "La crise démocratique, c'est si les extrêmes arrivent au pouvoir" a répondu Olivier Véran. A quel point se trompent-ils de cible ? La vraie crise de notre démocratie ne tient-elle pas à l’impuissance grandissante de ceux qui nous dirigent ?

Chantal Delsol :
C’est l’éternel problème de la conception de la démocratie. Elle doit être représentative et fortement régulée, sinon elle part facilement dans les méandres et les désastres du gouvernement de la foule. Les anciens grecs avaient bien vu cela il y a 2500 ans, ils parlaient de démocratie (gouvernement du peuple par sa représentation) et d’ochlocratie (gouvernement de la foule), qui est la désagrégation et la perversion du premier. Aujourd’hui nous sommes typiquement en face de gens qui veulent une ochlocratie, un gouvernement par les foules, ce que l’extrême gauche appelle « les masses ». Yannick Jadot l’a dit très bien hier soir au cours d’une interview : le plus de monde possible dans la rue, c’est le but. Pour ma part je tiens pour la démocratie représentative fortement régulée (par le 49.3 par exemple), et je crois que le gouvernement de la foule (« le plus de monde possible dans les rues ») flatte les citoyens mais n’aboutit à moyen terme qu’à un régime autocratique (chez Platon, on passe de l’ochlocratie directement à la tyrannie, et regardez ce qui se passe à la fin de la révolution française avec l’arrivée au pouvoir de Bonaparte).

Maxime Tandonnet : Tout d'abord, il est important de dire que cet argument, selon lequel la crise démocratique ce serait l'arrivée de partis extrémistes au pouvoir est simplement ridicule, il n'y a pas d'autre mot. Il revient à tracer une frontière entre le « bien » incarné par le pouvoir actuel prétendu progressiste et le « mal » c'est à dire les oppositions dites populistes ou extrémiste. On le bilan de l'équipe au pouvoir n'a rien d'un modèle de perfection libérale ou démocratique : saccage des libertés pendant la crise sanitaire, recherche permanente de boucs émissaires à l'image des Gaulois réfractaires, gilets jaunes, de ceux qui ne sont rien, fument des clopes et roulent au diesel, ou des non vaccinés qu'on a « très envie d'emmerder », et ce mépris permanent du peuple... Je ne dis pas que le pouvoir macronien est extrémiste mais que la frontière entre lui et l'extrémisme n'est pas aussi nette qu'il le prétend. La crise démocratique c'est quand le peuple ne se sent plus écouté ni entendu pas ses dirigeants politiques élus. A l'évidence nous sommes en plein dedans. 82% des Français estiment que le pouvoir ne tient « aucun compte » de leur avis (enquête CEVIPOF sur la confiance 2023). La crise démocratique bat son plein. Ne pas s'en apercevoir relève du déni, de l’aveuglement ou de l'hypocrisie.

ou