Libéralisme : Vents contraires - De Francis Fukuyama
Dans un essai décapant "Libéralisme, vents contraires", Francis Fukuyama revient sur les bienfaits du libéralisme , mais aussi sur ses limites. Pour le politologue américain, face aux coups de boutoir des régimes autoritaires, les démocraties libérales doivent se raffermir. Et il règle quelques comptes avec Poutine, Trump, le wokisme et les néolibéraux.
Le libéralisme politique, souvent incompris, échappe aux définitions simplistes. Comme toute théorie, il n’est pas exempt de failles ou de lacunes. Pourtant, né dans le sillage des guerres de religion et conçu pour tempérer les passions politiques, il a survécu aux critiques et a fini par triompher des totalitarismes du xxe siècle.
Cette doctrine qui met la liberté de l’individu et l’égalité de chacun au centre du jeu politique, qui promeut la primauté de la loi, se trouve de nos jours sous le feu croisé du populisme de droite, d’une gauche obsédée par les identités et des dérives économiques néolibérales.
Face aux tentations illibérales, à l’emprise des nouvelles technologies et à la dissolution de toute vie privée, Francis Fukuyama nous incite à replonger aux racines d’un libéralisme humaniste capable de gouverner la diversité.
L’auteur de La Fin de l’histoire et le Dernier Homme (best-seller paru en 1992) livre un plaidoyer pédagogique et stimulant. Il propose de retrouver la modération aux sources du libéralisme pour affronter les épreuves qui jalonnent notre époque troublée.
L’Occident doit balayer devant sa porte
Par François Miguet
Ainsi s'est forgée la légende de Francis Fukuyama ! Plus qu'un diplômé de Cornell (lettres classiques), Yale (littérature comparée) et Harvard (sciences politiques) né à Chicago de parents d'origine russo-japonaise. Davantage qu'un énième spécialiste des questions internationales aux temps troublés du crépuscule de la guerre froide. Un quasi-oracle. Celui qui a postulé, à la face de la terre, pile au bon moment, quelques mois avant la déconfiture soviétique, que l'idéologie occidentale avait triomphé du contre-modèle communiste. Et que son régime, la démocratie libérale, était la forme finale de gouvernement humain.
Dans les années Clinton, de 1992 à 2000, ils sont nombreux à peindre l'Amérique en nouvelle Rome. De grandes figures de la diplomatie mondiale, à l'instar de l'ancien conseiller des présidents Johnson et Carter Zbigniew Brzezinski, dans un discours de 1998, ressuscitent l'expression de pax americana en référence à la pax romana. Et, en France, l'ex-secrétaire général de l'Élysée sous le président Mitterrand, Hubert Védrine, prend la plume pour développer le concept d'« hyperpuissance américaine ». La fin, vraiment ?
D'oracle à ringard
Évidemment, non. Car, comme l'a prédit le professeur de Harvard Samuel Huntington dans son « choc des civilisations » dès le mitan des années 1990, les cultures ancestrales (islamique, confucéenne…) n'avaient pas dit leur dernier mot. Et sa réponse « réaliste » à son ancien élève Fukuyama fut considérée comme prémonitoire lorsqu'en 2001 deux avions de ligne vinrent fracasser les tours jumelles de New York. L'oracle Fukuyama est alors devenu un ringard. Les deux dernières décennies, qui ont vu le retour des guerres et le développement de la haine de l'Occident, n'ont pas arrangé son cas. Seulement, il convient aujourd'hui de réhabiliter Fukuyama.
Le destin contrarié du libéralisme : l’analyse de Francis Fukuyama
Par Jean-Marc Daniel
Le politologue américain Francis Fukuyama a acquis une notoriété mondiale grâce à un essai paru en 1992 dans lequel, commentant la disparition de l’URSS, il postulait la "fin de l’Histoire". Faisant ainsi ironiquement allusion à une formule célèbre de Karl Marx, il affirmait, à rebours des théories marxistes, la supériorité intrinsèque et la solidité historique de la démocratie et du libéralisme. Son propos, qui n’était pas de prétendre que l’humanité entrait dans une période de sérénité et de calme politique, a malheureusement été abondamment caricaturé.
Trente après ce coup d’éclat, il revient sur les bienfaits du libéralisme dans un livre publié en français sous le titre Libéralisme, vents contraires. Pour l’auteur, la première force du libéralisme tient à la faiblesse de ses adversaires. La gauche se perd désormais dans des considérations sur les discriminations sexuelles ou raciales dont l’extrémisme l’éloigne d’une grande majorité de la population et la condamne à chercher la prééminence culturelle plutôt que l’exercice concret du pouvoir politique. Quant à la droite radicale, une fois parvenue au pouvoir, elle déçoit ses électeurs en gardant un discours appuyé sur la morale, voire la religion, et la grandeur nationale, sans se montrer capable de répondre aux problèmes de ses soutiens.
«Lettre de Francis Fukuyama aux libéraux»
Par Charles Jaigu
Une ère où s’accomplissait l’idée hégélienne d’une «fin de l’Histoire». Cette idée, brandie par ses partisans comme un drapeau étoilé, a été tournée en dérision après les attentats du 11 septembre 2001 et le retour «tragique» de l’Histoire. Mais il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que l’auteur n’annonçait pas que nous entrions dans le paradis d’une humanité pacifiée. Il prenait simplement acte de la victoire finale d’un modèle de société politique, fondé sur le principe de l’équilibre des pouvoirs. Or, oui, victoire il y a eu. De mille coudées. Et on ne voit pas exactement qui peut mieux faire, quand bien même les démocraties libérales seraient englouties dans un long chaos millénaire.

