«Qu’est-ce que la légitimité politique?» - Par Monique Canto-Sperber

Des centaines de milliers de personnes qui manifestent dans la rue ne peuvent imposer à elles seules une légitimité politique. Pour autant, il serait mal venu d’ignorer des protestations comme celles qui se sont exprimées partout en France depuis trois mois.


Laisser les manifestants se regrouper devant le Conseil constitutionnel ? Ou bien y concentrer des policiers ? Le choix fut vite fait. Mais les photographies montrant les forces de l’ordre massées devant les grilles de l’hôtel Montpensier, avec visières, casques et boucliers, évoquaient des scènes de résistance face à un coup d’Etat, tandis qu’un peu plus loin, celles des manifestants piétinant sur le parvis de l’Hôtel de Ville, dans l’attente de la décision du Conseil, montraient une foule désorientée qui ne prétendait même plus incarner la souveraineté populaire.

Des centaines de milliers de personnes qui manifestent dans la rue ne peuvent imposer à elles seules une légitimité politique. Pour autant, il serait mal venu d’ignorer des protestations comme celles qui se sont exprimées partout en France depuis trois mois. Elles sont incontestablement un témoignage. La leçon vient de Machiavel : ne pas prendre en compte la colère du peuple, alors que cette colère peut s’exprimer librement (notre Constitution garantissant la liberté d’expression politique), c’est courir à sa perte. A fortiori est-ce le cas dans une démocratie : la colère n’est pas soluble, elle se traduira au moment venu par le vote contre le pouvoir en place et ses successeurs.