Michèle Tribalat : "La population d'origine africaine en France a augmenté de 71% en deux générations"
Chercheuse à l’Institut national d’études démographiques (Ined) et spécialiste de la question migratoire, Michèle Tribalat souligne la part grandissante de l’immigration africaine dans la population française et fustige le poids de l’idéologie dans la discipline.
En France en 2022, qui sont les immigrés, d’où viennent-ils et en quelle quantité ?
En 2021, l’Insee estime à près de 7 millions le nombre d’immigrés, soit 10,3 % de la population de la France entière (chiffre définitif courant 2024). Avec 3,3 millions, le continent africain représente 48 % des origines des immigrés (dont 62 % proviennent du Maghreb) devant l’Europe (33 %). Le flux, tel qu’il peut être estimé pour 2022 à partir de la statistique des délivrances de premiers titres de séjour, est en très forte croissance: 320330 contre 273360 en 2021, soit près de 47000 nouveaux titres de séjour de plus en un an (+17 %; +45 % pour le motif économique). Difficile d’attribuer cet accroissement à une poursuite de la récupération d’après pandémie. S’agit-il de régularisations anticipées ?
« La France a toujours été une terre d’immigration » avancent les thuriféraires de l’immigration pour la justifier. Comment jugez-vous cette assertion sur le plan historique ?
Cette expression est utilisée pour banaliser la question migratoire et lui donner un avenir. Pourtant, au sens moderne du terme immigration, par exemple celui donné par Samuel P. Huntington[1] , l’immigration massive est un phénomène qui ne remonte pas, en France, au-delà de la moitié du XIXe siècle. Alors que certains de nos voisins européens émigraient, la France connaissait une transition démographique précoce. En 1851, année pour laquelle on ne dispose pas de données sur les immigrés, dans les frontières de l’époque, on a recensé 381000 étrangers (soit 1,06 % des habitants). En 1896, dans les frontières de 1871, la France abritait 1,05 million d’étrangers, soit 2,75 % de la population.
« En 2021, 31 % des enfants nés dans l’année ont au moins un parent né à l’étranger, 28 % ont au moins un parent né en dehors de l’UE »

