Fit For 55 : un programme suicidaire pour l’économie européenne? - Par Michel Negynas
Le plan Fit For 55 de l’Europe comporte onze thèmes visant à réduire les émissions de CO2 de 55 % d’ici à 2030, mais sa complexité et son caractère irréaliste en font un programme potentiellement suicidaire pour l’économie européenne.
L’objectif
« Fit For 55 ». Sous ce slogan, l’Europe voudrait se donner comme objectif de diminuer ses émissions de CO2 de 55 % par rapport à 1990, d’ici à 2030. C’est-à-dire dans 7 ans. Cela vient d’être voté par le Parlement avant de poursuivre le processus législatif.
Voyons d’abord où nous en sommes.
D’abord une surprise : à la date où ces lignes sont écrites, nous n’avons pas de chiffes pour les années 2021 et suivantes… ce qui est gênant pour faire de la prospective, les années covid étant très particulières.
Si on s’arrête à 2018, dernière année d’activité « normale », on était à 3800 MtCO2. L’objectif est de 2640 MtCO2. Jusqu’en 2018, on gagnait environ 50 Mt par an.
Pour atteindre le 55 %, il « suffit » de faire 1160 Mt en 11 ans, soit environ le double de ce qui est fait jusqu’à présent. Bien sûr, on a fait 200 Mt sur les deux années covid… Et si on part de 2020, il « suffit » de faire 76 Mt/an. Mais cela suppose que l’on ne se remette pas des années covid.
Comment l’Europe peut-elle y arriver ?
L’essentiel des gains antérieurs provient d’une baisse des activités industrielles et de l’évolution des PIB vers des activités de service. L’évolution est donc en trompe-l’œil : nous avons en partie « exporté » nos émissions par nos importations. Un tiers environ de l’empreinte carbone de l’Union européenne correspond à des processus de production localisés en dehors de son territoire. Or, dans toute l’Europe, on veut « réindustrialiser » pour des raisons de souveraineté ! Cela se ferait-il sans émissions supplémentaires ?
On voit bien que l’objectif est irréaliste : sept ans n’est pas une échelle de temps compatible avec des ruptures, qu’elles soient industrielles ou sociales.
C’est conforme à la démarche de l’Union : on ne change pas une équipe qui perd. Et c’est la même chose pour tous les objectifs, comme par exemple les énergies renouvelables.
