Pour un nouvel ordre énergétique européen - Par Cécile Maisonneuve
Révélée par la guerre en Ukraine, la crise énergétique européenne trouve son origine dans les choix qu’ont faits les Européens eux-mêmes depuis la libéralisation des marchés de l’énergie. Qu’ils s’appellent astigmatisme bruxellois, aveuglement allemand ou myopie française, ces choix plongent aujourd’hui l’Europe, pour plusieurs années, dans une crise profonde de la sécurité de son approvisionnement énergétique qui remet en cause sa capacité à maîtriser sa trajectoire de décarbonation et le nécessaire accroissement de son autonomie stratégique. Elle fait peser un danger mortel sur la compétitivité de son industrie et érode le pouvoir d’achat des ménages, déjà menacé par la reprise de l’inflation.
Afin d’éviter une crise systémique – économique, sociale, politique –, l’Europe de l’énergie doit au plus vite reconstruire un ordre de sécurité de long terme : celui qui la structurait, fondé sur un gaz russe bon marché, une politique commune déconnectée de la réalité géostratégique et une priorisation idéologique de la dénucléarisation sur la décarbonation, a disparu avec le conflit ukrainien.
Cette reconstruction implique de remettre la politique énergétique au fondement de la construction européenne, d’adopter une stratégie qui ouvre les options technologiques et géographiques, au lieu de les fermer, et d’intégrer la dimension géopolitique. Elle passe par une redéfinition des méthodes, outils et objectifs de la politique européenne de l’énergie afin de la centrer sur les enjeux du futur : maîtrise des chaînes de valeur et des briques technologiques clés, et construction de partenariats nouveaux.
À cet égard, il est urgent de mettre fin à la rivalité franco-allemande dans le domaine du nucléaire. L’Europe doit, comme ses rivaux stratégiques, s’engager clairement dans la relance du nucléaire, donner la priorité à la sécurité énergétique des pays d’Europe centrale et orientale et mener la bataille du découplage vis-à-vis de la Chine dans la chaîne de valeur des technologies bas carbone.
Pour un nouvel ordre énergétique européen - Fondapol
L’auteur de l’étude «Pour un nouvel ordre énergétique européen», qui vient de paraître à la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol, think-tank), analyse les politiques climatiques européennes. La transition écologique exige avant tout une indépendance énergétique de l’Union européenne, et non des mesures «d’affichage», argumente-t-elle.
LE FIGARO. - Le Parlement européen a durci la position de la Commission sur la performance énergétique des bâtiments, en votant le 14 mars la «directive EPBD». Elle souhaite que tous les nouveaux logements soient neutres en carbone d’ici à 2028 et que les biens notés F et G disparaissent à la fin de la décennie. L’efficacité d’une telle mesure est-elle prouvée?
Cécile MAISONNEUVE. - Ce qui a été voté au niveau européen, comme au niveau français, sur les interdictions à la location, ainsi que le calendrier progressif qui a été mis en place sur des biens très peu performants, sont des mesures extrêmement ambitieuses mais dont il faut craindre qu’elles soient d’affichage: au regard du parc concerné, il paraît peu réaliste d’espérer qu’on aura à la fois les moyens financiers et une montée en puissance suffisante de la filière du bâtiment pour mener à bien des travaux d’une telle ampleur dans les délais impartis.
En plus des problèmes que pose la rénovation énergétique des bâtiments, plusieurs études ont démontré sa faible efficacité au regard des dépenses engagées. La Fédération des promoteurs en Allemagne montrait qu’après 320 milliards de dépenses dans la décennie 2010, la consommation énergétique des bâtiments était stable. Même constat au Royaume-Uni, à cause de l’effet rebond. Les économies d’énergie attendues ne sont pas obtenues car les habitants des logements chauffent davantage leur logement (1 ou 2 degrés de plus)..
Cécile Maisonneuve: «L’Europe doit redevenir le grand continent de l’énergie nucléaire qu’elle a toujours été»
L’auteur de l’étude «Pour un nouvel ordre énergétique européen», qui vient de paraître à la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol, think-tank), analyse les politiques climatiques européennes. La transition écologique exige avant tout une indépendance énergétique de l’Union européenne, et non des mesures «d’affichage», argumente-t-elle.
LE FIGARO. - Le Parlement européen a durci la position de la Commission sur la performance énergétique des bâtiments, en votant le 14 mars la «directive EPBD». Elle souhaite que tous les nouveaux logements soient neutres en carbone d’ici à 2028 et que les biens notés F et G disparaissent à la fin de la décennie. L’efficacité d’une telle mesure est-elle prouvée?
Cécile MAISONNEUVE. - Ce qui a été voté au niveau européen, comme au niveau français, sur les interdictions à la location, ainsi que le calendrier progressif qui a été mis en place sur des biens très peu performants, sont des mesures extrêmement ambitieuses mais dont il faut craindre qu’elles soient d’affichage: au regard du parc concerné, il paraît peu réaliste d’espérer qu’on aura à la fois les moyens financiers et une montée en puissance suffisante de la filière du bâtiment pour mener à bien des travaux d’une telle ampleur dans les délais impartis.
En plus des problèmes que pose la rénovation énergétique des bâtiments, plusieurs études ont démontré sa faible efficacité au regard des dépenses engagées. La Fédération des promoteurs en Allemagne montrait qu’après 320 milliards de dépenses dans la décennie 2010, la consommation énergétique des bâtiments était stable. Même constat au Royaume-Uni, à cause de l’effet rebond. Les économies d’énergie attendues ne sont pas obtenues car les habitants des logements chauffent davantage leur logement (1 ou 2 degrés de plus)..

