Faire le deuil de soi - De Nicolas Menet

Le sociologue Nicolas Menet est décédé le 4 février 2023 d’une tumeur au cerveau. Avant de rendre son dernier souffle, il raconte dans un livre aux éditions du Cherche Midi, avec une immense dignité, comment il a fait de sa mort un « grand projet » et avait fait des propositions responsables et innovantes.


Dirigeant du premier pôle d'innovation européen dédié à l'avancée en âge dans nos sociétés, Nicolas Menet envisageait à 42 ans de réaliser son rêve : entrer en politique et devenir député. Mais ce 18 novembre 2021, un accident vasculaire cérébral vient brutalement remettre en cause ses ambitions : un cancer du cerveau incurable ouvre devant lui le chemin vers une mort à brève échéance.
Se décrivant lui-même comme " issu de la société d'abondance, de confort et de consommation ", n'ayant jusque-là, comme la plupart des gens de sa génération, jamais été confronté à la mort, pas même à la maladie, Nicolas va envisager sa propre disparition comme un ultime projet, en collaboration avec ses proches et le corps médical.

Dès lors, il invente des stratégies, suit un parcours initiatique ardu pour aborder, de la manière la plus responsable qui soit, la fin de sa vie de façon sereine, en accord avec lui-même et ce que la société lui propose en matière de soins palliatifs et de choix individuels.

Bien davantage que le seul récit d'une expérience personnelle intime et intense, lucide et déjà généreux en soi, ce livre porte un message sociétal fort. En formulant des propositions concrètes, inspirées de son " observation participante ", celui qui se rêvait député réveille nos consciences et nous invite à porter un autre regard sur la mort, et donc sur la vie.



La mort choisie de Nicolas Menet : « faire le deuil de soi » - 28 Minutes (31/03/2023) - Regarder l’émission complète | ARTE

Pouvoir choisir sa fin de vie

Par Nicolas Baverez

En France, la marque des gouvernements de gauche en situation d'échec économique et social consiste à vouloir légiférer dans le domaine sociétal afin de faire diversion et d'afficher son progressisme dans les mœurs faute d'être capable de le traduire en prospérité, en sécurité et en stabilité pour les citoyens. Emmanuel Macron n'échappe pas à la règle, lui qui tente de sortir son quinquennat de l'impasse dans laquelle il l'a placé en militant pour la constitutionnalisation de l'IVG. Une réforme inutile et absurde qui prétend répondre au revirement de la jurisprudence de la Cour suprême des États-Unis, que nul n'envisage de transposer dans notre pays où l'IVG est en outre déjà protégée par le Conseil constitutionnel.

Tout autre est le débat engagé autour de la fin de vie. S'il oppose les valeurs et les croyances philosophiques ou religieuses, il n'est pas dicté par des objectifs de communication politique de courte portée mais par les enjeux fondamentaux de la fin de vie. L'allongement de l'espérance de vie va en effet de pair avec la multiplication des maladies chroniques et dégénératives longues, accompagnées de souffrances et de handicaps moteurs, sensoriels et cognitifs lourds. Simultanément, le progrès médical, notamment dans les domaines de la réanimation, des chimio et radiothérapies, des traitements de haute précision, ouvre de vastes possibilités de prolongation de l'existence.

En bref, la vie longue débouche sur la mort lente et douloureuse. Et la pandémie de Covid-19, avec l'abandon et la fin indigne réservée à nombre de personnes âgées dans les hôpitaux et les Ehpad, a jeté une lumière crue sur les conditions réelles de la mort, que notre société individualiste et hédoniste n'a cessé de vouloir occulter.


« Faire le deuil de soi » : le dernier combat de Nicolas Menet, mort d’un cancer à 43 ans


On ne sait pas ce qui bouscule le plus. Que Nicolas Menet soit décédé d’un cancer incurable à 43 ans, un âge où rien ne s’arrête. Ou qu’il parle de sa mort comme d’un projet. Étrange, dérangeant presque d’en faire un objectif. Page après page, dans un ouvrage posthume, paru ce jeudi (« Faire le deuil de soi », éditions Le Cherche Midi), le sociologue, spécialiste du vieillissement, livre un récit bouleversant sur le face-à-face tabou avec la grande faucheuse en plein débat démocratique sur la fin de vie.

« Est-ce possible d’apprendre à mourir ? » questionnait l’écrivaine Delphine Horvilleur. La voix souriante et digne de Nicolas, que l’on entend ligne après ligne, nous répond oui dans « Faire le deuil de soi ».