J'ai lu et aimé : "Ce que je veux sauver" - De Peggy Sastre

Dans Ce que je veux sauver (Editions Anne Carrière), Peggy Sastre présente ses désillusions profondes après le choc du 7 octobre. Elle questionne notre vivre-ensemble alors que s’exacerbent les intolérances communautaristes ou féministes. Et se demande si des sociétés libérales ouvertes et pluralistes peuvent durer dans le temps.


Libérale, héritière des Lumières et combattant pied à pied ceux qui voudraient les tamiser, Peggy Sastre pensait ne jamais vaciller dans ses principes. Jusqu’au 7 octobre 2023. La nature et l’ampleur du massacre, la jubilation de ses auteurs, les arguments relativistes de certains démocrates, le silence de militants soi-disant progressistes… c’est un effondrement. Global et intime.

Pire, la colère et l’amertume la poussent à abdiquer. Et si, tous comptes faits, le tribalisme était bien le mode de fonctionnement de l’humanité ? Ne serait-il pas plus simple d’en prendre son parti ? De renoncer aux sociétés ouvertes, pluralistes, pacifiées et cosmopolites tenues par l’intelligence ?

Et puis vient le moment de sortir de la sidération et de redresser la tête. Après la chute, Peggy Sastre entreprend de dresser son inventaire… de ce qui ne doit pas s’éteindre en elle, de ce qu’elle veut sauver. Un livre comme l’autopsie d’une fracture, et un point de départ vers la possibilité d’une réparation.

Éditeur ‏ : ‎ ANNE CARRIERE (27 septembre 2024)
Langue ‏ : ‎ Français
Broché ‏ : ‎ 176 pages
ISBN-10 ‏ : ‎ 2380822670
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2380822670
Poids de l'article ‏ : ‎ 202 g
Dimensions ‏ : ‎ 14.1 x 1.7 x 20.7 cm
Ce que je veux sauver :: Éditions Anne Carrière (anne-carriere.fr)

Eugénie Bastié: «Après le 7 octobre, requiem pour le libéralisme»

Le 11 septembre 2001 avait enterré la parenthèse de la fin de l’histoire des années 1990. Le 7 octobre 2023 sera-t-il interprété comme le point final de la civilisation libérale ? C’est le doute qui habite Peggy Sastre depuis un an. Dans Ce que je veux sauver (Anne Carrière), la journaliste du Point, qui se décrit comme darwinienne, scientiste et libérale, revient sur ses désillusions dans le style cru et franc qui est le sien. « Parce que je suis libérale, fruit, produit et progéniture des Lumières et ayant chevillé au corps le bien-fondé - non la supériorité - de leurs principes, j’étais naturellement convaincue que le terrain d’entente, le compromis, le débat cheminant vers une vérité, une réalité commune, un progrès, même lointains et à excaver à la pelleteuse, tenaient toujours du fameux champ des possibles. »
Mais depuis le 7 octobre, les images de jeunes filles dénudées et ensanglantées emmenées sur des 4 × 4 par leurs bourreaux du Hamas, des étudiants criant des slogans antisémites sur les campus occidentaux la hantent. Toutes les briques de son identité intellectuelle ont volé en éclat. Elle est incapable de revoir certains de ses amis. Elle « envisage qu’il va falloir un jour admettre que le système libéral ne marche pas ». Et s’il fallait se résoudre à ce que le tribalisme ne soit le mode de fonctionnement de l’humanité ? Allergique à la meute, aux lynchages, aux procès de Moscou et autres chasses aux sorcières, Peggy Sastre est une individualiste forcenée attachée à la raison, à l’individualisme et à la liberté. Elle considère que la démocratie libérale est le « règlement du parc humain le plus fonctionnel de toute notre histoire en tant qu’espèce ».

Eugénie Bastié: «Après le 7 octobre, requiem pour le libéralisme» (lefigaro.fr)

Peggy Sastre s’en va-t-en guerre

Peggy n'est pas Péguy. En se fiant à une première vue – ou à une première lecture –, beaucoup pourraient aisément le penser. Car tout, chez Peggy Sastre, paraît relever d'une mathématique dont elle seule aurait la clé et qui ne laisserait place à aucune poussée secrète ou force de l'esprit. Or, si l'on prend la mystique au sens où Charles Péguy l'entendait – « ce qui est caché » –, la journaliste, éditorialiste au Point, est alors, en réalité, une péguyste invétérée. À ceci près qu'elle a pris le parti, dans un livre à la fois personnel et universel, de dévoiler ce qui, en elle, est caché et qui l'anime ; et qui lui fait dire non ; et qui lui fait prendre le risque du courage – nous en sommes là. Autrement dit, le foyer de sa personnalité, le « là d'où elle parle » qui explique pourquoi, bien souvent, vous la trouverez à batailler contre ceux qui ont la poitrine creuse et les glandes salivaires activées par la haine d'un type humain. Vous la verrez courageusement emprunter à son histoire personnelle ici son avortement, là son viol – l'événement qui étaiera l'antithèse.

Vous l'entendrez brillamment convoquer Darwin et les grands singes pour répondre à Éric Zemmour ou à la secte LFI. Le tout, souvent, exprimé avec cet air blasé que ses camarades lui connaissent… L'investissement, se dit-on, relève de la mission. Toujours au nom de ce qui vit en elle, car, oui, elle est habitée. Affirmation qui fera rire les zélotes de la Raison. Pourtant, Peggy Sastre répond banalement aux trajectoires et aux oscillations des acquis d'une vie – ne lui parlez pas de traumatismes. La sensibilité met ensuite en mots et en actes la discipline et, quand il le faut, la riposte qui réduit en miettes l'idéologie.

Peggy Sastre s’en va-t-en guerre (lepoint.fr)

Peggy Sastre secoue le néoféminisme condescendant, par Abnousse Shalmani

Chronique. L'essayiste est une chasseuse de confort intellectuel, une chienne de garde des vicissitudes tribales, une non-conformiste salutaire.

Il existe des livres qui vous transpercent le cœur, vous ravivent les neurones, d’autres qui sont relus au gré de la vie qui passe. Il existe aussi des livres qui touchent au del. Le del est un mot persan qui dit et le ventre et la maison de l’âme - le centre névralgique de la vérité de tout Homme. Le del est niché dans le ventre et réagit aux nerfs et au cœur. Quand on a simplement mal au ventre, on a mal au del, mais on a aussi le del en lambeaux après un chagrin d’amour. Ce que je veux sauver de Peggy Sastre, qui vient de paraître aux éditions Anne Carrière, est un livre qui cause directement au del.

Cher lecteur, je ne vais pas te mentir : Peggy Sastre est aussi indispensable à mon équilibre émotionnel qu’à mon hygiène mentale. Sastre est une chasseuse de confort intellectuel, une chienne de garde des vicissitudes tribales, une non-conformiste salutaire. Alors quand Peggy Sastre se trouve nez à nez avec les pogroms du 7 octobre et dévisse, l’heure est grave : "Depuis le 7 octobre, toutes ces briques de mon identité intellectuelle, ce que je suis tout court, me donnent l’impression de croiser la piste d’atterrissage d’une enclume. Je ne sais pas quel terrain d’entente, même en creusant d’un côté de la planète à l’autre, je pourrais trouver avec un type qui appelle ses parents pour leur dire d’être fiers de lui car il vient de tuer dix juifs à mains nues."

Peggy Sastre secoue le néoféminisme condescendant, par Abnousse Shalmani – L'Express (lexpress.fr)