J'ai lu et aimé : « La malédiction du vainqueur » de Pierre Bentata

Professeur d'économie, conférencier et essayiste, Pierre Bentata publie « La malédiction du vainqueur (L'Observatoire). Dans un livre à rebrousse-poil, il déconstruit le mythe du déclin de l’Occident. Un plaidoyer qui a le grand mérite de nous faire penser contre nous-mêmes.


La fin de l’Histoire était un leurre et l’Occident se meurt. Telle est, en substance, le credo ânonné par le cortège grandissant des prophètes de la défaite. Mais les faits sont têtus et les chiffres clairs : là où il y a de la démocratie et un marché, les hommes sont plus riches, plus libres et plus heureux. Sur le plan matériel comme sur le plan moral, aucun autre système n’a jamais fait mieux.

D’où vient alors l’illusion du déclin ? D’une force qui se prend pour une faiblesse. Si l’Occident déçoit, plus qu’aucune autre civilisation, c’est qu’il fait de l’individu un absolu. Condamné à se sentir imparfait tant qu’un homme demeurera insatisfait, il se croit dépassé par des régimes alternatifs où l’humain compte pour rien. Et c’est là le moteur de son évolution autant que sa malédiction.


ASIN ‏ : ‎ B0DGLWSCWL
Éditeur ‏ : ‎ L'OBSERVATOIRE (29 janvier 2025)
Langue ‏ : ‎ Français
ISBN-13 ‏ : ‎ 979-1032933633
Poids de l'article ‏ : ‎ 295 g
Dimensions ‏ : ‎ 13.4 x 1.8 x 21.4 cm

    Pierre Bentata : "Tous les régimes qui se veulent des alternatives à l'Occident ne cessent de l'imiter"
    Entretien
    Propos recueillis par Kévin Boucaud-Victoire

    D'Oswald Spengler à Emmanuel Todd, en passant par Éric Zemmour, Ross Douthat, Patrick Buisson, ou encore beaucoup de marxistes, ils sont nombreux à avoir annoncé le déclin de l'Occident. Pourtant, à en croire l'essayiste Pierre Bentata, l'Occident ne s'est jamais aussi bien porté.

    À LIRE AUSSI : Zemmour, Buisson, Onfray, Houellebecq, Spengler… Les prophètes de la décadence ont de l’avenir

    Chiffres à l'appui, ce professeur d'économie pointe la bonne santé de la démocratie libérale et la mauvaise santé de ses ennemis, dans La malédiction du vainqueur (L'Observatoire). L'auteur essaie alors de comprendre pourquoi nous sommes persuadés d'être en décadence et pourquoi l'Occident a tant d'ennemis intérieurs.


    « En Occident, notre passion pour le “mieux” nourrit l’illusion de la décadence »
    ENTRETIEN
    Propos recueillis par Kévin Badeau

    Les Dernières Heures de l'Occident, La Haine de l'Occident, La Défaite de l'Occident, Décadence ou encore Le Suicide français… La littérature géopolitique de ces dernières années laisse peu de place au doute : la civilisation dans laquelle il y a une économie de marché, de la démocratie et où l'individu est un absolu serait ni plus ni moins en état de déliquescence.

    Fin de l'Histoire ? Pas si vite ! Dans ce contexte défaitiste, Pierre Bentata, professeur d'économie et essayiste libéral, publie aux Éditions de l'Observatoire La Malédiction du vainqueur. Le propos : nous croyons tous que l'Occident est décadent, mais cela n'est qu'une illusion. En réalité, aucun autre système ne fait mieux, et encore moins les régimes dits « alternatifs ».

    Ce livre, dont tout le monde parle, apparaît comme un ovni dans le paysage littéraire du moment. Et, si l'on savoure l'art du contre-pied pratiqué par Pierre Bentata face aux « prophètes de l'apocalypse » et la moutonnaille qui les écoute, on apprécie sa plume qui choisit de célébrer l'espoir. Entretien.

    Le Point : Quelles sont, selon les « prophètes de l'apocalypse », les causes de la décadence de l'Occident ?

    Pierre Bentata :
    Il existe un tel foisonnement de théories qu'absolument tout peut être lu sous le prisme de la décadence. Les nouveaux courants marxistes accusent l'Occident d'avoir créé, à travers la globalisation, un système néocolonial. L'Occident tirerait donc ses profits d'une nouvelle forme d'esclavage. Les courants écologistes disent que l'Occident vit aux crochets de la planète et que notre course effrénée à la production aboutira à l'effondrement. Des courants à droite disent que la mondialisation crée une incertitude identitaire et culturelle.

    Les Occidentaux sont-ils décadents ou simplement pessimistes ?
    Par Antoine De lagarde

    L’Occident est-il décadent ? C’est un débat qui dure depuis cent ans. D’un côté, on avance que les civilisations croissent et dépérissent comme des organismes vivants. Après le bourgeonnement de la religion judéo-chrétienne, puis la floraison démocratique, l’archipélisation de la société et l’avènement de la raison déconstructrice seraient le signe que l’Occident entre dans son hiver. Comparer son évolution avec celle des autres civilisations éteintes (babylonienne, égyptienne, hellénistique…) achèverait de nous en convaincre. De l’autre, on rétorque que le concept de « décadence » repose sur un jugement de valeur et qu’une ère culturelle se comprend à partir de l’alternance des déclins et des renaissances.

    Aujourd’hui, le débat a cédé la place au monologue. Si les décadentistes abondent, ceux qui leur donnent la réplique se raréfient. Dans ce contexte, l’essai de Pierre Bentata, La Malédiction du vainqueur. Pourquoi croyons-nous que l’Occident est décadent ? (Éditions de L’Observatoire) a le mérite de se singulariser. Ce livre stimulant et renseigné développe autant la réfutation de la thèse du déclin que l’analyse des ressorts psychologiques de son accréditation.