L’Europe s’est condamnée à payer son gaz très cher


L’Union Européenne, pour éviter les pénuries de gaz depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie il y a trois ans, a imposé une stratégie consistant à contraindre les pays membres à faire des achats groupés et à remplir leurs réserves de gaz à au moins 90% au mois de novembre. Comme les liaisons par gazoducs avec la Russie sont toutes coupées, l’Europe est contrainte d’importer massivement à des dates annoncées du GNL (Gaz naturel liquéfié). Du pain bénit pour les vendeurs qui dictent les prix et un vrai problème pour les autres pays, notamment en Asie, qui voient les cargaisons qui leur étaient destinées détournées vers l’Europe. Et cela se traduit aussi par des prix de l’énergie toujours aussi élevés pour l'Europe. Les bonnes intentions de la Commission européenne sont réelles, mais elles se heurtent à des réalités de marché que les technocrates bruxellois connaissent très mal.


Depuis le début de l’année, l’Europe est le principale moteur du commerce mondial de GNL (Gaz naturel liquéfié). Comme lors de la crise énergétique de 2022, les pays de l’Union Européenne (UE) achètent toutes les cargaisons possibles pour garantir leur approvisionnement au cours d’un hiver bien plus rigoureux que les années précédentes. Au point d’ailleurs que les réserves ont diminué rapidement. Elles étaient en moyenne dans les pays de l’UE à la date du 14 février, selon les données de la plateforme Aggregated Gas Storage Inventory, à 45%. Un niveau très inférieur aux 66% à la même date un an auparavant.

Et une fois la saison froide passée, la question de la sécurité des approvisionnements en gaz et de leurs prix ne va pas disparaitre par enchantement. C’est un problème de fond pour l’Europe qui pèse sur sa compétitivité industrielle et sur le pouvoir d’achat des populations. Dès le printemps, il faudra recommencer à remplir les stocks. Et comme ils sont bas, cela devrait coûter encore plus cher, d’autant plus que le penchant de la technocratie bruxelloise pour la sur-réglementation complique encore plus les choses.
L’Europe « détourne » des cargaisons de GNL destinées à l’Asie

Les importations mondiales de GNL ont atteint leur plus haut niveau depuis 12 mois en janvier, soit 38,12 millions de tonnes, contre 37,69 millions de tonnes en décembre selon des chiffres communiqués par l’agence Reuters. Et les importations européennes de GNL ont été à leur plus haut niveau depuis avril 2023 à 11,82 millions de tonnes devançant à nouveau celles de l’Asie.

L’Europe « détourne » même des cargaisons de GNL en provenance d’Australie et d’Oman. Si le GNL omanais est rentable pour l’Europe, le GNL australien est généralement trop cher compte tenu de la distance qui sépare les deux continents. Et il faut y ajouter des importations record de GNL russe, notamment par la France, tandis que plusieurs gouvernements européens ont demandé à plusieurs reprises l’interdiction de ces importations…

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