Patrick Deneen : «Les classes dirigeantes occidentales sont prêtes à utiliser des moyens illibéraux pour défendre le libéralisme»
Le philosophe américain, Patrick Deneen, voit derrière le discours de JD Vance à Munich un appel des États-Unis à la « restauration de la démocratie en Europe », mais par les Européens eux-mêmes. Selon lui, elle a été abîmée par des élites qui ont dévoyé les principes mêmes du libéralisme.
Professeur de philosophie politique à l’université Notre-Dame (Indiana), Patrick J. Deneen est connu pour ses travaux sur la critique du libéralisme et de ses conséquences sur la société contemporaine. Il a notamment publié « Pourquoi le libéralisme a échoué » (2019), un ouvrage salué par des personnalités de tous bords dont Barack Obama, et traduit en français en 2020 aux Éditions L’Artisan.
LE FIGARO. - Comment interpréter le discours de JD Vance lors de la conférence de Munich, le 14 février ?
PATRICK DENEEN. - Le discours du vice-président Vance avait pour objectif de provoquer un électrochoc au sein du corps politique européen. Depuis au moins une décennie, les classes dirigeantes des démocraties libérales occidentales (y compris aux États-Unis, comme il l’a reconnu) estiment que presque tous les moyens illibéraux pourraient être justifiés pour défendre le libéralisme. Cette logique s’est traduite par la suppression de la liberté d’expression, des tentatives de censure sur les réseaux sociaux, l’utilisation de financements publics (via l’USAID, l’Agence des États-Unis pour le développement international), ainsi que par les confinements dus au Covid pour promouvoir des causes progressistes.
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Elle s’est également manifestée par l’instauration de murs de protection contre les partis politiques d’opposition, l’arrestation de ceux perçus comme étant des ennemis intérieurs et même l’annulation de résultats électoraux. Toutes ces actions illibérales ont été menées au nom de la défense de la « démocratie », mais ce qu’on entendait par « démocratie » était en réalité le « libéralisme ». La démocratie a été reléguée au statut de forme politique parfois acceptable lorsque ses résultats correspondent au libéralisme, et elle est qualifiée de « populisme » (et donc illégitime) par les élites libérales lorsque l’opinion publique va à l’encontre de ce modèle. Ce fait explique l’affirmation, parfois étrange, selon laquelle certains résultats électoraux constitueraient une menace pour la démocratie, comme ce fut le cas en Italie ou en Hongrie, par exemple.
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"Par un retrait net de ce soutien, le gouvernement des États-Unis espère que les valeurs fondamentales de l’Europe pourront renaître"
"Dans un avenir proche, les relations de travail entre les technophiles plus libertariens et les populistes conservateurs seront fondées sur la coopération"
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