Pourquoi les prix du gaz sont 3 à 4 fois plus élevés en Europe qu’aux États-Unis ? - Par Damien Ernst
Les prix du gaz sont 3 à 4 fois plus élevés en Europe qu’aux États-Unis et voilà pourquoi ça n’est pas une fatalité. Encore faut-il ne pas se tromper dans le diagnostic des causes comme des solutions possibles.
Atlantico : L’Europe fait désormais face à des tarifs du gaz de 3 à 4 fois plus élevés qu’aux États-Unis. Comment expliquer un tel différentiel ? Diriez-vous qu’il résulte d’une fatalité ou de mauvais diagnostics — et donc de mauvaises politiques ?
Damien Ernst : Le prix du gaz est aujourd’hui de 52 €/MWh en Europe contre 12 €/MWh aux USA. Donc le prix européen est précisément 4,3 fois supérieur au prix américain. Ce différentiel s’explique par le fait que les USA ont décidé d’exploiter leurs réserves de gaz de schiste, qui sont colossales, alors qu’en Europe, on a volontairement rendu l’exploitation de telles ressources quasiment impossible en imposant des législations trop contraignantes.
La suite est connue : on s’est rendus dépendants du gaz russe, puis la guerre en Ukraine est passée par là. Trois ans plus tard, les prix que nous connaissions avant cette crise, aux alentours de 20 €/MWh, ne sont toujours pas de retour…
Dépendance excessive au gaz russe, manque d’infrastructures alternatives, transition énergétique déséquilibrée, réactions tardives aux crises énergétiques… Quelle est l’erreur de l’Europe qui lui coûte aujourd’hui le plus cher ?
Ce qui a accéléré cette nouvelle crise du gaz — car oui il faut parler de crise aiguë — ce sont ces quelque 180 TWh de gaz annuel qu’on ne peut plus importer via l’Ukraine depuis le premier janvier 2025. Or, l’Allemagne a fermé pour 23 GW de centrales nucléaires parfaitement opérationnelles. Pour produire la même quantité d’électricité en remplaçant le nucléaire par du gaz, il vous faut environ 360 TWh de gaz. Donc, vous imaginez bien que si les Allemands n’étaient pas tombés dans cet antinucléarisme que je considère comme une folie, on aurait pu économiser deux fois plus de gaz annuellement que ce qu’on a perdu en capacité d’import annuelle depuis l’Ukraine depuis début 2025. Et on aurait probablement évité cette flambée des prix.
On ne soulignera jamais assez l’immense responsabilité des écologistes allemands dans cette crise, sans oublier ceux qui les ont suivis aveuglément.
La deuxième grosse erreur vient du pouvoir politique qui a mal réagi suite à cette crise de 2022. Tous les plans ont ignoré une réponse qui me semble évidente : développer nos propres ressources fossiles en Europe. Ce développement devait être rapide et faire l’objet de plans d’urgence. Du gaz de schiste, par exemple, on en a aussi beaucoup. Mais on ne l’a pas fait. Je pense qu’on n’a même pas considéré l’idée même d’y penser. Et maintenant, on en paye le prix !
