Delevoye et la HATVP, contrôle, vous avez dit contrôle ?


Atlantico m’a demandé mon avis sur la défaillance de la haute autorité de la transparence de la vie publique dans l’affaire Delevoye. On trouvera mes réponses ci-dessous.

On peut également consulter l’article directement sur le site d’Atlantico.


Après les révélations sur les « omissions » de Jean-Paul Delevoye, comment expliquer que la haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), en charge du contrôle de la déclaration des intérêts des hommes politiques, n’ait pas relevé ces oublis ?

Atlantico.fr : Un, deux, et trois, et treize, puis finalement quatorze mandats non déclarés pour Jean-Paul Delevoye apprend-t-on depuis quelques jours. La haute autorité à la transparence n’a semble-t-il rien vu de ces mandats omis, qui pour certains, comme son poste de président au Conseil économique, social, et environnement (CESE), étaient pourtant connus…

Comment expliquer que la haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), en charge du contrôle de la déclaration des intérêts des hommes politiques, n’ait pas d’elle-même relevé les « omissions » de Jean-Paul Delevoye ? A-t-elle une quelconque efficacité dans sa mission ? 

Régis de Castelnau : Je pourrais répondre de façon provocante à votre question relative à la défaillance de la HATVP : « parce qu’elle n’est pas là pour ça ! ». Il faut quand même rappeler que cette « autorité administrative indépendante » qui est venue rejoindre la cohorte impressionnante de ces structures créées à tort et à travers depuis 20 ans, a vu le jour après l’affaire Cahuzac. Comme à chaque fois qu’éclate un scandale mettant en cause la corruption du monde politique, on a fait adopter une loi au Parlement destiné à laver plus blanc, et on a créé des structures soi-disant chargées de contrôler dont on a confié la direction le fonctionnement à de vieux amis politiques. Qui a suivi la création et ensuite l’activité de la HATVP ne peut pas être surpris de ce qui est quand même le scandale dans le scandale. Puisque ceux, dont c’est la mission de contrôler à la fois le patrimoine des hommes politiques et leurs liens avec la sphère privée, ont été tout bonnement défaillants. Ce qui est quand même extraordinaire dans cette affaire, c’est que dès sa nomination le 17 septembre 2017 par le président de la république par un décret pris en conseil des ministres en application de l’article 13 de la Constitution, Jean-Paul Delevoye devait déposer une déclaration complète auprès de la HATVP. L’invraisemblable discordance entre ce que le haut-commissaire aux retraites a produit et une réalité que tout le monde aurait dû connaître ne serait apparu à personne ? Ce n’est pas très sérieux. Cela s’aggrave encore après l’entrée de Jean-Paul Delevoye au gouvernement le 3 septembre 2019 avec la violation grossière de l’article 23 de la Constitution sur les incompatibilités professionnelles qui frappent un membre du gouvernement. Il a fallu que ce soit la presse qui soulève le « lièvre », l’autorité administrative indépendante ayant adopté depuis le début le rythme de la tortue. Le scandale Cahuzac dont tout le monde savait au parti socialiste ses rapports avec l’argent, a fourni à François Hollande toujours tacticien l’opportunité de créer deux structures visant à protéger ses amis et lutter contre ses adversaires. Le PNF tout d’abord dont on a pu vérifier l’étonnante partialité politique à plusieurs reprises, et notamment avec la disqualification judiciaire du candidat de la droite à l’élection présidentielle de 2017. La HATVP ensuite dont la direction a été confiée à un ami politique de toujours, le magistrat en retraite Jean-Louis Nadal. Jusqu’à présent le bilan de l’activité de cette haute autorité est quand même assez maigre, son tableau de chasse n’étant garni que de petit gibier. Emmanuel Macron, issu de la matrice social-libérale et ayant bénéficié d’un soutien massif d’une grande partie du parti socialiste a récupéré à son profit ces deux outils. 

Au fond la seule question face à cette incontestable défaillance est de savoir si l’on est en présence d’une négligence ou d’un oubli volontaire, probablement une synthèse des deux. 

Peut-on espérer réformer la HATVP pour enfin obtenir un véritable contrôle des élites politiques françaises ? 
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