Meurtre de Sarah Halimi : la consommation de cannabis justifie-t-elle une irresponsabilité pénale ?

Le 4 avril 2017, le visage et la voix de Sarah Halimi, médecin retraitée parisienne vivant seule dans une HLM de Belleville, ont été effacés sous les coups de son meurtrier. Après l’avoir massacrée à coups de poings et de pieds, il l’a défenestrée du troisième étage, dans la nuit noire, à 4 heures du matin. La chute a causé sa mort. Peut-être pour déjà bâtir sa médiocre stratégie judiciaire, il criera «une femme s’est suicidé» à l’adresse de la police postée en bas, aux voisins alertés depuis vingt minutes par les cris de souffrance de Sarah Halimi. Cris puis gémissements de la victime, coups, insultes et exhortations religieuses du meurtrier ont été enregistrés par un voisin impuissant pour en conserver la preuve. «Suicidée»? De nombreux témoins étaient là pour le voir empoigner sa victime évanouie et la jeter du balcon.
Le 27 novembre 2019, le visage et la voix de Kobili Traoré, trafiquant de drogues multirécidiviste aux vingt condamnations (la première alors qu’il avait quatorze ans), ne sont pas effacés. Le visage est impavide, sans expression d’émotivité. La voix est claire, l’élocution fluide, les paroles distinctes, les réponses, bien que simples en termes de syntaxe, sont articulées. Il n’a rien d’un «fou», Kobili Traoré. C’est un trentenaire mou, un exemple banal d’inactif qui n’a jamais travaillé, trop occupé à la petite délinquance sordide de quartier, qui l’a déjà conduit six fois en prison. L’assassin de Sarah Halimi va bien aujourd’hui, de l’aveu des médecins, de l’avis de tous ceux qui sont présents en cette journée devant la Chambre de l’Instruction de Paris. Son traitement a été réduit au minimum. S’il n’avait pas commis ce crime, il serait déjà rentré chez lui. Et à terme, c’est de cela qu’il s’agit de délibérer lors de cette audience publique: décider de la responsabilité pénale de Kobili Traoré dans les faits qu’il reconnaît. Déclaré irresponsable, il rentrera chez lui.
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