ULTIMA NECAT : Pamphlet d'Outre-Tombe de Philippe Muray
Ultima necat, «la dernière tue»: c’est le titre du Journal de Philippe Muray, dont paraît le troisième tome (1989-1990-1991), une rafale d’outre-tombe qui vient claquer à nos oreilles ankylosées d’Homo festivus déshabitués à tant de liberté de ton.
En ce début du second septennat de Mitterrand, qu’il hait de toutes ses forces («Mon allergie pour lui a été si absolue, si instantanée, si sincère, que je n’en parle plus jamais»), la gauche «cordicole» (dévote) règne, et, sur les ruines fumantes du communisme, déjà «l’Empire du Bien» élève ses fortifications. Le «Parti Dévot Global» fourbit ses armes. Le «politically correct» vient à peine d’être découvert par les élites françaises, et à l’époque, Libération en parle encore d’une façon... Lire la suite de l'article
« À quoi peut bien servir un Journal, celui-ci particulièrement ? À témoigner, mieux que les ordonnancements et les compositions des livres eux-mêmes (reposant sur un tri a priori) du tohu-bohu, du mélange, du perpétuel bordel dans une tête, de la superposition constante de préoccupations d'ordres multiples et différents. Ce témoignage peut-il intéresser qui que ce soit ? Encore faut-il que celui qui l élabore ait réussi à se rendre intéressant... Qu on ait envie de connaître sa vie, les mélanges amers de sa vie. Toute l échelle des souffrances... » (Philippe Muray, 5 novembre 1984)
Nécessité de tenir mon Journal : dire le plus crûment possible tout ce que je pense être vrai et qui ne peut en aucune façon être avoué publiquement. Il y a des choses dont l'aveu vous condamne à jamais. Ça s'est passé à toutes les époques, mais plus encore dans notre société cordicole d’aujourd’hui. Donc, Journal. Cette activité « archaïque » justifiée par ce qu’il y a de plus moderne ou post-moderne dans l’ambiance de maintenant : l’impératif de Vertu totale dont les médias surveillent quotidiennement l’application. (Philippe Muray, 30 octobre 1988)
Ne pas tenir de journal, ou n'en pas voir l'utilité, c'est avouer que l'on n'a rien à cacher, donc rien à révéler, que l'on n'a rien à taire, donc rien à dire, que l'on ne pense rien de mal de personne, donc qu'on ne pense tout simplement pas. (Philippe Muray, 5 janvier 1991)
