Philippe Bilger : Quoi après le désenchantement ?
Lisant Causeur dont une large part est consacrée à Philippe Muray, je relève chez ce dernier cette observation profonde : "Il y a en effet deux espèces, deux catégories, ceux pour qui il n'existe rien après le désenchantement et ceux pour qui tout commence. Toute mon entreprise est de faire sentir la richesse et la joie de l'au-delà du désenchantement".
Il me semble que cette analyse pourrait ne pas s'appliquer seulement aux destinées intimes, personnelles, aux choix d'existence singuliers mais offrir sa lumière pour éclairer la vie politique et sociale.
En effet, que le désenchantement ait suivi une forme sinon d'enchantement du moins d'espérance tellement intense qu'elle paraissait y mener tout droit est une évidence. Depuis 2017, la présidence d'Emmanuel Macron, avec les crises et les tragédies qui l'ont bouleversée, les illusions déçues, la morosité installée culminant avec la journée du 5 décembre, représente une illustration parfaite d'un désenchantement qui trouve son exutoire dans la violence, la rage, le rejet de tout.
Il serait juste sans doute de faire partir ce désenchantement depuis plus longtemps comme si ce n'était pas d'aujourd'hui que le monde avait perdu ses couleurs, la France son aura et la société ses repères. Depuis quand la poésie démocratique a-t-elle été remplacée par l'appareil lourd de la prose républicaine avec ses conflits, ses invectives, ses récupérations ?
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