L’écologie radicale, nouvelle hérésie chrétienne

Chesterton disait que le monde était plein d’idées chrétiennes devenues folles. Le marxisme, que Raymond Aron assimilait à une religion séculaire, fut assurément l’hérésie dotée de la plus large audience au siècle dernier. L’économiste autrichien Joseph Schumpeter remarquait qu’il offrait à ses fidèles « un système des fins dernières qui donnent un sens à la vie et qui constituent des étalons de référence absolus pour apprécier les événements et les actions » ainsi qu’un « guide qui implique un plan de salut et la révélation du mal dont doit être délivrée l'humanité ou une section élue de l’humanité ». Cette idéologie avait tout pour être qualifiée de « contrefaçon de la rédemption des humbles », selon les mots de Pie XI.
Il serait bien sûr injuste de conférer à Marx le monopole de l’hérésie au vu des nombreuses adaptations inspirées de la lecture chrétienne de l’histoire. Celle-ci décèle dans l’histoire de l’humanité rythmée par Dieu trois étapes obligatoires : le jardin d’Eden, le dur labeur de la vie terrestre et l’avènement du Royaume des Cieux. La doctrine des Lumières - qui inspira l’historicisme de Marx et de Hegel - se pensait affranchie de toute superstition. Elle ne demeurait pas moins le culte d’une Raison infaillible dirigeant l’histoire vers la terre promise par le Progrès : le perfectionnement irrésistible des sciences, des arts et des vertus.
Les penseurs de l’écologie radicale s’estiment libérés de ces préjugés métaphysiques à l’origine de la vile modernité technicienne. Mieux encore, ils désignent la religion fondatrice de la civilisation occidentale comme l’ennemie de la cause environnementale. En plaçant l’homme au sommet du vivant, la culture judéo-chrétienne aurait libéré son arrogance en réduisant la nature à un vulgaire réservoir de ressources. Réguler la cupidité de l’homme et ses dommages sur l’environnement ne peut se faire sans détruire le Dieu que Nietzsche pensait mort. Il convient de tuer la divinité chrétienne qui a désacralisé le cosmos et qui a, selon les dires de Michel Serres, « vidé le monde ».
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