Alain Bauer : «Le nombre d'homicides et de tentatives a atteint un sommet depuis trois ans»

L'actualité des derniers jours montre que partout en France, les attaques au couteau se multiplient. Le criminologue Alain Bauer revient sur l'histoire, les raisons et la fréquence des agressions à l'arme blanche dans le pays.

Alain Bauer est professeur de criminologie au Cnam et auteur de nombreux ouvrages sur la criminalité.

FIGAROVOX. - Depuis plusieurs années les attaques au couteau ont explosé en France et ces derniers jours en constituent une illustration sinistre : un mort à Metz ainsi qu'un mort à Amiens dans la nuit du 14 et 15 ; trois morts à Angers dans la nuit du 15 au 16 juillet ; et la liste s'allonge tous les jours. Que signifient ces attaques à l'arme blanche ?

Alain BAUER. -
Bien qu'ils soient de la couleur du métal, les couteaux, épées et autres lames sont appelés des «armes blanches». Cette définition est apparue au XVIIe siècle par opposition avec les armes à feu, dites «bronzées» à cette époque. Ces dernières étaient enduites d'un produit spécial, qui les protégeait de la rouille et leur donnait une couleur foncée. En revanche, ce procédé n'était pas appliqué sur les lames, car il était néfaste pour elles. L'acidité de ce produit risquait en effet d'endommager les parties les plus fines des lames, et en particulier leur tranchant. Cela pouvait donc les rendre moins efficaces, voire même inutilisables. L'appellation est par la suite devenue un terme courant, pour englober les armes «dont l'action n'est due qu'à la force humaine».

Pour ce qui est des attaques il s'agit d'un phénomène récurrent, rendu visible par une concentration d'évènements portant sur plusieurs victimes à la fois ou de manière cumulative. Mais comme dans le cas des voitures brûlées, ces situations exceptionnelles masquent la réalité du quotidien. Le niveau des «homicidités» (homicides et tentatives) se situe à un sommet depuis les trois dernières années et il est plus facile de trouver une arme dite «blanche» qu'un revolver ou une kalachnikov. Chaque attaque peut s'expliquer dans un contexte particulier et il ne faut pas être tenté de leur donner une signification unique. Mais le climat de violence devra être confirmé ou pas, par les outils de contrôle. Pour l'instant, la tendance est assez mauvaise.