Quand la défense du « pouvoir d’achat » aggrave l’inflation - Par P.-E. Ford
Les mots ont un sens. L’emploi des uns plutôt que l’emploi d’autres change radicalement non seulement la manière de communiquer mais aussi la « réalité ». Ou plus exactement la « réalité telle qu’elle est présentée par les médias et les gouvernements ». Ce qui est généralement la même chose, dans l’environnement actuel.
Une bonne illustration de la supercherie sémantique, est la manière dont on parle en France de l’inflation.
La première étape du tour de passe-passe consiste à faire semblant de « faire simple », pour parler au public. Le mot « inflation » est trop savant. On choisit donc le mot « pouvoir d’achat », feignant de croire qu’il s’agit d’un synonyme.
Deuxième étape: expliquer comment on va défendre le pouvoir d’achat avec force. La solution est tout à coup déjà dans l’énoncé du problème: pour défendre le pouvoir d’achat, le gouvernement progressiste a deux options.
A) Distribuer plus d’aides publiques aux victimes de la baisse du pouvoir d’achat. C’est la porte ouverte au clientélisme électoral le plus primaire, à coup de chèques, primes et autres largesses financées par la dette.
B) Pénaliser les coupables désignés des hausses de prix. On va créer des boucs émissaires. Ils seront donnés en pâture au peuple victimisé. Ce sont toujours les mêmes: les riches, les profiteurs, les grandes sociétés, les capitalistes, les méchants.
Le gouvernement français, résolument progressiste, pratique depuis longtemps l’option A. Il monte maintenant aussi en puissance avec l’option B.
Il est intéressant de noter qu’aux États-Unis de Joe Biden, l’option B est privilégiée. L’option A a été largement discréditée dans un pays où le capitalisme est moins affaibli par le dogme de l’État tout puissant.
Les Américains ne sont pas plus intelligents que les Français. Mais ils savent aujourd’hui que l’argent imprimé, l’argent emprunté, l’argent qui tombe du ciel, qui n’a pas été créé par le travail, est un argent douteux.
L’argent gratuit est effectivement une drogue dure.
