Patrice Franceschi: «Par lâcheté, nous venons de favoriser l’expansionnisme de la Turquie»
En contrepartie de la levée de son veto à l’entrée de la Suède et de la Finlande dans l’Otan, la Turquie a contraint ces deux pays à considérer comme terroristes nos alliés kurdes, écrit l’écrivain, qui y voit une mauvaise nouvelle pour nos intérêts sécuritaires.
Patrice Franceschi est notamment l’auteur de S’il n’en reste qu’une (Grasset, 2021), un roman dans lequel il évoque le combat des Kurdes.
Le 28 juin à Madrid, la Suède et la Finlande se sont résignées à signer un accord léonin avec la Turquie afin que cette dernière les «autorise» à entrer dans l’Otan - pour dire les choses crûment et sans langue de bois diplomatique. Car la question de cet accord n’aurait jamais dû se poser. La Turquie était seule contre tous les autres pays de l’Alliance pour s’opposer à son élargissement. Mais personne ne l’a affrontée. Certains ont peut-être même favorisé la manœuvre d’Erdogan. Ce dernier est ainsi parvenu à ses fins par l’un de ces chantages dont il est coutumier et qu’il avait d’emblée imposé à tous: en contrepartie de la levée de son veto, contraindre deux démocraties exemplaires à considérer comme terroristes nos alliés kurdes qu’elles protégeaient jusqu’alors dans leur combat contre le vrai terrorisme islamique. En la matière, on n’avait jamais vu pareil alignement sur la Turquie.
C’est une très mauvaise nouvelle pour nos intérêts sécuritaires. Par lâcheté, nous venons de consentir à l’objectif principal du despote d’Ankara: affaiblir les Kurdes qui partout entravent ses projets impérialistes et son soutien aux islamistes, de la Syrie à l’Irak et jusqu’en Europe - chose que désormais nous voulons ignorer, semble-t-il. Tout comme le fait qu’Erdogan vient d’engager, grâce à cet accord, une subtile contamination des autres démocraties sur cette question.
