Crise alimentaire: Poutine est-il le seul responsable? - Par Antoine Bouët et David Laborde
Au moment où une nouvelle crise alimentaire s’installe dans le monde et devrait faire connaître un état d’« insécurité alimentaire aigüe » à entre 20 et 40 millions de personnes supplémentaires en 2022[1], il importe d’identifier les causes de cette détérioration de la situation humanitaire mondiale. Peut-on en faire porter la responsabilité uniquement à Vladimir Poutine et à l’invasion de l’Ukraine par la Russie ? Ou existe-t-il (aussi) des causes structurelles ou politiques ?
Depuis l’agression russe du 24 février 2022, l’Ukraine est en guerre. Une grande partie de la population est affectée à la défense du territoire, une autre a migré vers l’ouest du pays ou vers des pays frontaliers. En plus des pertes de force de travail, des récoltes ont été détruites, mais aussi des infrastructures permettant le transport des produits agricoles. Le transport maritime dans la mer Noire est significativement perturbé, notamment les transports de céréales en provenance d’Ukraine. En réponse à cette agression, des sanctions internationales contre la Russie et la Biélorussie, soutien de la Russie, ont été prises.
Le commerce de céréales et d‘huiles végétales est sérieusement affecté, directement par les boycotts de produits russes et biélorusses, le blocage des ports ukrainiens par la marine russe et les dégâts causés aux infrastructures de transport du pays, mais aussi indirectement par les difficultés financières auxquelles se heurtent les exportateurs russes (sanctions contre les banques russes).
