Pierre-Henri Tavoillot: «En quoi porter atteinte à un tableau contribue-t-il à résoudre la crise climatique ?»

Ces dernières semaines, des militants écologistes ont multiplié les actions chocs contre de célèbres œuvres d'art. Pour le philosophe, ces méthodes sont symptomatiques d'une époque blasée qui observe avec passivité l'action de militants qui n'existent plus que par l'outrance.


Pierre-Henri Tavoillot est président du Collège de philosophie. Il a notamment publié La guerre des générations aura-t-elle lieu? avec Serge Guérin, chez Calmann-Lévy.


FIGAROVOX. - Depuis quelques semaines, les militants écologistes multiplient les actions «chocs» dans les musées: la Joconde «entartée» le 29 mai ; les mains collées au cadre d'un tableau de Turner ; un tableau de John Constable recouvert d'un paysage miné par les énergies fossiles à la National Galleryde Londres. Pourquoi les militants écologistes s'en prennent-ils aux œuvres d'art ?

Pierre-Henri TAVOILLOT. -
Il y a d'abord une stratégie de «coup d'éclat permanent». Elle caractérise tous les activistes qui défendent des causes, quelles qu'elles soient, à l'âge du buzz et des réseaux sociaux. Car, à moindre coût, il est aisé de faire un coup, en lieu et place de l'ingrat travail d'information et de pédagogie qui risque de rencontrer de fâcheux arguments contradictoires. Une campagne de communication est bien plus efficace qu'une difficile campagne électorale.

Mais cette stratégie relève aussi du wokisme. Pour ces militants, le citoyen moyen est un abruti, doublé d'un ignorant. Il faut donc le réveiller (woke) et si possible, en sursaut. Seule une provocation suscitera chez lui la prise de conscience salutaire. Car comment peut-on aller au musée quand la planète se meurt ? Toute l'énergie devrait être mobilisée 24h/24h pour un unique grand dessein. Ce n'est pas en soi nouveau. Il fallait jadis éveiller la conscience de classe afin que l'oppression apparaisse sous son vrai jour, alors que le capitalisme tentait de faire aimer ses chaînes à celui qu'il enchaînait: cela s'appelait le salariat. Ce qui était le comble de la domination est devenu la norme.