La dérive énergétique allemande - Par Jean-Pierre Schaeken Willemaers

L’Allemagne ne sait comment se dépêtrer du désastreux imbroglio énergétique qu’elle s’est infligé, dont une des conséquences est un prix de l’électricité le plus élevé d’Europe (plus de 30 euros le kWh). Analyse de Jean-Pierre Schaeken Willemaers pour Trends-Teandances.


En l’absence d’énergie nucléaire et face aux difficultés d’approvisionner en gaz, le gouvernement allemand de coalition SPD (socialistes)/Grüne (écolos)/FDP (libéraux), acculé par sa politique incohérente, compte obliger (vive la démocratie !) les collectivités locales d’accélérer le déploiement des éoliennes pour répondre à la demande croissante d’électricité (projet de loi présenté le 15 juin 2022) : 1,8% à 2,2% de leur territoire, en fonction de la taille de ce dernier et des situations locales, d’ici à 2032 (0,8% actuellement sur l’ensemble du territoire allemand). Seules les zones de protections spéciales et les réserves naturelles seraient épargnées (1).

De telles contraintes, plus idéologiques que rationnelles, ne sont pas de nature à assurer un approvisionnement électrique stable, abondant, continu et bon marché, essentiel à la compétitivité d’un pays dont la prospérité dépend très largement de ses exportations (2). Des millions d’emplois dépendent de la vitalité de son commerce international.

L’Allemagne n’est pas seule à connaître une crise énergétique, l’UE de manière générale en pâtit également. Elle résulte d’une politique européenne décousue, focalisée sur une stratégie climatique exacerbée au mépris des besoins basiques et immédiats des populations et aux dépens de l’économie réelle. Les conséquences de cette politique se manifestent, dans le cadre de la guerre en Ukraine, par la pénurie de gaz indispensable pour compenser l’intermittence des productions éolienne et photovoltaïque.

Le 13 avril 2022, les cinq principaux instituts allemands d’études économiques (DIW, IFO, IFW, IWH et RWI) ont affirmé que si l’Allemagne interrompt maintenant ses approvisionnements énergétiques en provenance de la Russie, elle basculera dans la récession. La banque Barclays va dans le même sens en déclarant, le 1er mai dernier, qu’un embargo de l’UE sur les produits énergétiques russes mettrait l’Europe en danger de récession profonde qui entraînerait une baisse du PIB de 5% si l’embargo s’accompagnait d’un rationnement du gaz.