Vers le rationnement énergétique - Par Nicolas Baverez
Le président de la République a annoncé un plan de sobriété pour éviter la pénurie d’énergie l’hiver prochain. Ce ne sera pas suffisant.
Vladimir Poutine a transformé le gaz en arme de guerre. Si le théâtre des opérations militaires est en Ukraine, l'issue du conflit se joue autour de la capacité de résilience comparée des sociétés face aux sanctions pour la Russie, face à la crise énergétique pour les démocraties. L'Europe, qui dépendait à plus de 40 % de la Russie pour son approvisionnement en gaz lors du déclenchement des hostilités, se trouve en première ligne. Or il ne fait plus de doute que Vladimir Poutine suspendra les livraisons de gaz au cours de l'hiver 2022-2023, comme il a commencé à le faire pour 12 des 27 États de l'Union, et comme il en donne le signal avec la fermeture de Nord Stream 1 depuis le 11 juillet, au prétexte de travaux de maintenance.
L'évolution vers une guerre longue en Ukraine ainsi que la multiplication des crimes de guerre des troupes russes interdisent au maître du Kremlin tout espoir d'un allègement des sanctions. S'il ne peut atteindre les États-Unis, qui sont indépendants énergétiquement, il peut en revanche provoquer un choc majeur sur l'Europe. L'interruption des livraisons de gaz russe constituera un séisme pour l'Union, en provoquant une pénurie et une explosion des prix de l'énergie. L'Allemagne est particulièrement exposée, elle continue à recevoir 40 % de son approvisionnement de Russie et devra réduire sa consommation de gaz d'au moins 20 %. Mais tous les pays seront touchés, ne serait-ce que par l'arrêt des exportations allemandes.
