Taxer les super profits, une très fausse bonne idée et voilà pourquoi - Par Pierre Bentata


La liste des pays ayant décidé une taxe exceptionnelle sur les profits des entreprises énergétiques s’allonge. Le Royaume-Uni a notamment annoncé fin mai une taxation des bénéfices des compagnies pétrolières et gazières à hauteur de 25 %.


Atlantico : La taxation des superprofits énergétiques a fait son apparition dans le débat public cette semaine, pourquoi survient-elle maintenant ?

Pierre Bentata : Elle se pose pour plusieurs raisons. Lors de l’augmentation des prix des carburants, l’État a réagi vite, sans se coordonner avec les pétroliers, les distributeurs et l’ensemble de la chaîne de production. Et il s’est avéré que les pétroliers ont largement joué sur l’effet d’annonce, certains ont spéculé pendant les 15 premiers jours de cette hausse et ont engrangé de très gros profits. D’autres disent qu’ils n’ont pas gagné énormément d’argent, mais plusieurs ont fait des profits très importants sur un laps de temps très restreint.

Dans une période où l’inflation s’est réalisée, et où l’État n’a absolument aucun moyen de continuer à faire fonctionner la planche à billets, il se tourne en premier vers ces entreprises. Les politiques se disent alors que ces effets d’aubaine ont eu aussi lieu dans beaucoup de secteurs. D’ailleurs, le PDG de Leclerc expliquait qu’il y avait du côté de ses fournisseurs des entreprises qui suivaient l’effet d’inflation sans la subir totalement et qui s’enrichissaient grâce à elle et aux pénuries attendues de la guerre en Ukraine.

Cela a donc créé un climat de taxation des entreprises ayant fait du profit.

Dans ce contexte, peut-on considérer qu’il est légitime d’aller taxer les entreprises ?

Tout dépend de ce que l’on appelle légitime. Si l’on considère que ces entreprises ont agi de manière immorale, oui. Si l’on considère qu’il y a eu une forme d’avidité de la part de ces entreprises et que cela doit être politiquement sanctionné pour aider les plus précaires, cela peut se comprendre. Le problème étant que l’économie et la morale sont deux choses différentes. Mais ce comportement n’est pas moral car si l’on veut que l’annonce se traduise par une politique efficace, cela nécessite davantage de travail sur la définition même de super-profit.