Pierre Vermeren: «Islam politique en France, ce que nous refusons obstinément de voir»
Normalien, agrégé et docteur en histoire, l’universitaire, spécialiste des sociétés berbères et arabes contemporaines, estime que l’islam politique continue de progresser dans notre pays.
Les attentats de 2015, s’ils ont reçu une réponse judiciaire satisfaisante, ont entraîné une onde de choc dans la société française et affaibli la capacité de résistance collective du pays sans qu’on en prenne une claire conscience, ce qui était leur objectif, argumente l’auteur.
Le centre de Paris a vécu l’année au rythme du procès du Bataclan. Le boulevard du Palais, île de la Cité, a été fermé à la circulation pour protéger le Palais de justice de risques d’attentat. Le procès s’est déroulé dans le calme, en égrainant les horreurs de la nuit criminelle du 13 novembre 2015. Abdeslam a été condamné à la perpétuité. Selon les observateurs, ce procès-fleuve aux milliers de parties civiles a peiné à évoquer l’islam politique et sa composante djihadiste. La République s’est préoccupée de la dérive de ses «enfants» perdus en refoulant la matrice idéologique criminelle de Daech qui a conduit les assassins au «martyre».
La France en a-t-elle fini avec cette séquence? Le procès n’a pas eu d’effets collatéraux apparents. Les Français, grâce à leurs services de renseignements ayant repris la main, seraient protégés. Deux spécialistes se sont récemment exprimés au sujet de l’islam politique en France.
Gilles Kepel a expliqué que la phase criminelle des attentats s’étant révélée trop coûteuse pour les salafistes - dès lors que l’objectif de guerre civile ouverte a échoué -, ils ont opté pour une nouvelle phase, le «djihadisme d’atmosphère». Dépourvus d’une base arrière logistique permettant les grosses opérations, la mouvance salafo-djihadiste en Europe se serait repliée sur un djihad moins frontal, tant vis-à-vis de ses coreligionnaires que des sociétés d’accueil. J’ajoute que la France et la Belgique, maillons faibles de l’Occident au regard de leurs identités nationales en crise et du désarmement intellectuel de leurs élites face au multiculturalisme (la France accueillant en outre la première population musulmane d’Europe après la Russie), demeurent le cœur de cible de la mouvance salafiste et de ses bailleurs politiques et financiers. Pour eux, Bruxelles est une ville clef en matière de pénétration islamique: elle leur paraît politiquement soumise - comme l’atteste la décision sur l’abattage halal -, les naissances d’enfants musulmans y approchent la moitié, et le lobbying islamiste au sein des institutions de l’Union européenne y bat son plein.
La France en a-t-elle fini avec cette séquence? Le procès n’a pas eu d’effets collatéraux apparents. Les Français, grâce à leurs services de renseignements ayant repris la main, seraient protégés. Deux spécialistes se sont récemment exprimés au sujet de l’islam politique en France.
Gilles Kepel a expliqué que la phase criminelle des attentats s’étant révélée trop coûteuse pour les salafistes - dès lors que l’objectif de guerre civile ouverte a échoué -, ils ont opté pour une nouvelle phase, le «djihadisme d’atmosphère». Dépourvus d’une base arrière logistique permettant les grosses opérations, la mouvance salafo-djihadiste en Europe se serait repliée sur un djihad moins frontal, tant vis-à-vis de ses coreligionnaires que des sociétés d’accueil. J’ajoute que la France et la Belgique, maillons faibles de l’Occident au regard de leurs identités nationales en crise et du désarmement intellectuel de leurs élites face au multiculturalisme (la France accueillant en outre la première population musulmane d’Europe après la Russie), demeurent le cœur de cible de la mouvance salafiste et de ses bailleurs politiques et financiers. Pour eux, Bruxelles est une ville clef en matière de pénétration islamique: elle leur paraît politiquement soumise - comme l’atteste la décision sur l’abattage halal -, les naissances d’enfants musulmans y approchent la moitié, et le lobbying islamiste au sein des institutions de l’Union européenne y bat son plein.
