Bérénice Levet: «Au nom de la protection de la nature, certains écologistes souillent la culture»
Des militants du groupe Ultima Generazione se sont collé les mains sur la vitre protégeant un tableau de Botticelli dans le Galerie des Offices. La philosophe et essayiste* dénonce cette forme d’activisme qui, selon elle, pactise avec le nihilisme.
LE FIGARO. - Que pensez-vous de ce type d’action pour lutter contre le réchauffement climatique?
Bérénice LEVET. - Ces actions dites de désobéissance civile confirment ma conviction que l’écologie est décidément entre de très mauvaises mains.
La beauté mise en péril par les écologistes, la chose est tout à fait extraordinaire et ô combien révélatrice d’une écologie qui ignore et méprise les limites. Rien ne l’arrête. La beauté, comme la religion pour Tocqueville, devrait empêcher de tout concevoir et défendre de tout oser, mais au nom du «salut de la planète», les militants verts osent tout. L’écologie militante s’écarte toujours plus de la mission qui devrait être la sienne et de l’esprit qui devrait l’inspirer: avoir une conscience vive de la fragilité des choses belles et précieuses qui nous sont données et se sentir une responsabilité de ce qui est confié aux hommes, nature comme culture. S’attaquer aux œuvres des grands maîtres est d’autant plus insensé que les peintres furent, on n’ose dire sont, tant l’espèce semble en voie de disparition, les plus vigoureux et fidèles alliés de la nature. Ils n’ont cessé de la célébrer. La nature n’a pas de plus puissants alliés que les peintres.
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