L’euro vaut un dollar, et alors? - Par Eric Chaney

Lors du lancement de l’euro, le 1er janvier 1999, ministres des Finances et banquiers centraux de la zone euro poussèrent un soupir de soulagement : les premières cotations indiquaient un cours de 1,17 dollar. Chic, l’euro était « plus fort » que le dollar. Un an et demi plus tard, Francfort déchantait : l’euro était tombé en dessous de 90 cents. Les traders qui pensaient que l’euro ne verrait jamais le jour buvaient du petit lait : le marché allait montrer que cette monnaie Frankenstein ne valait rien. Mal leur en prit : l’euro allait bientôt entamer une ascension qui l’amena au niveau stratosphérique de 1,58 dollar début 2008. Errements de jeunesse ? Au cours des huit dernières années, on s’était habitué à un cours proche de ses origines, fluctuant entre 1,05 et 1,25 dollar. Mais depuis quelques jours, la parité euro dollar a percé cette bande en tombant proche de l’égalité, voire en dessous lors de certains échanges. Comme en 2000, la chute de l’euro est vue par certains comme un signe de faiblesse des économies européennes, tandis que d’autres se réjouissent d’une monnaie facilitant les affaires des exportateurs.


La réalité économique est bien différente. En premier lieu, l’euro n’est pas particulièrement faible vis-à-vis des devises des partenaires commerciaux de la zone euro alors que le dollar est, lui, exceptionnellement fort contre toutes devises, ce qui s’explique fort bien par la pénurie artificielle de pétrole et de gaz. En second lieu, la faiblesse de l’euro contre le dollar aura peu de conséquences sur les exportations de la zone euro mais, en rendant la facture énergétique plus salée, elle complique la lutte contre l’inflation.