Djihad d’atmosphère: pour la justice, des crimes sans nom - Par Béatrice Brugère

La zone grise entre terrorisme et maladie mentale entretient un flou juridique. De plus, la qualification d’entreprise terroriste individuelle sans préméditation n’est pas prévue par la loi. La justice ne sait comment traiter ce « loup solitaire » qui frappe sur un coup de tête.

Béatrice Brugère est Secrétaire générale du syndicat Unité Magistrats SNM FO

Alors que toutes les attentions se sont portées sur le procès du Bataclan, le meurtre récent par égorgement à Marseille d’un médecin militaire doit nous interroger sur la menace terroriste endogène et son traitement par la Justice. Peu de médias s’y sont intéressés, mais les faits sont malgré tout connus : le 10 mai dernier, un médecin militaire de 41 ans, le docteur Alban Gervaise, a été agressé et frappé au couteau alors qu’il allait chercher ses enfants à l’école. Il est mort des suites de ses blessures le 27 mai. Son meurtrier, d’origine maghrébine, déjà connu des services de police, mais non fiché S, aurait proféré des imprécations islamistes en le frappant. Interpellé grâce au courage de quelques passants, l’homme a été mis en examen et écroué pour meurtre.

Fin de l’histoire ? Assurément non ; et si cette tragédie en dit déjà beaucoup par le silence que lui ont opposé la grande majorité des médias, la quasi-totalité des politiques et l’unanimité des faiseurs d’opinion, elle révèle surtout une importante zone grise au confluent inquiétant du terrorisme et de la maladie mentale.

Il est bien sûr trop tôt pour tirer des enseignements définitifs de ce drame. Deux choses apparaissent toutefois : le mobile terroriste n’a pas été retenu et l’irresponsabilité pénale pour trouble mental sera tôt ou tard questionnée. Or c’est bien à la croisée de ces deux dimensions que se situe un défi redoutable pour les forces de sécurité et la justice.