26 mars 1929 : Funérailles nationales de M. le maréchal Foch
MEMBRE DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE ET DE L’ACADÉMIE DES SCIENCES
Le mardi 26 mars 1929
DISCOURS DE M. RAYMOND POINCARÉ
MEMBRE DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE
PRÉSIDENT DU CONSEIL
PRÉSIDENT DU CONSEIL
MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE,
ALTESSES,
MESSIEURS,
ALTESSES,
MESSIEURS,
Durant les longues semaines où, par un dernier prodige de vigueur physique et morale, le maréchal Foch a résisté pied à pied aux assauts de la mort, la France, refusant jusqu’au bout de le croire vaincu, n’a pas mesuré le vide que devait laisser dans le monde la perte de ce grand homme. Nous voici maintenant en présence de la douloureuse réalité, et, tout de suite, nous comprenons que la flamme qui vient de s’éteindre était une des plus ardentes et des plus pures qui eussent jamais jeté leur éclat sur la terre.
Comme beaucoup d’autres nations, la nôtre compte dans ses annales un grand nombre d’illustres capitaines, et Foch retrouvera plusieurs d’entre eux dans la célèbre chapelle où il va dormir son dernier sommeil. Il avait certes toutes les fortes qualités qu’à l’époque même où Mansard venait d’achever l’église Saint-Louis des Invalides, Bossuet énumérait comme les traits caractéristiques d’un héros, « valeur, magnanimité, bonté naturelle ; — vivacité, pénétration, grandeur et sublimité du génie ». Il possédait par surcroît « ce don inestimable de la piété », que l’orateur catholique considérait « comme le tout de l’homme ». Mieux que personne aussi il savait que « dans les grandes actions, il faut uniquement songer bien faire, et laisser venir la gloire après la vertu ». Mais, avec tous ces mérites, il en a eu d’autres, qu’il a reçus en partie de sa propre conscience, en partie des événements et des mœurs contemporaines, et qui lui ont donné, par rapport à ses prédécesseurs, une immortelle supériorité. Porté, sans avoir cherché cet honneur, au commandement de millions de soldats alliés, il a conduit à la bataille des peuples entiers, non par orgueil, mais par obligation morale, non pour la conquête d’un sol étranger, mais pour la délivrance de pays envahis. Il n’a eu d’autre ambition que de servir ; il n’a voulu d’autre récompense que le sentiment du devoir accompli. Et voilà pourquoi le deuil où nous sommes aujourd’hui plongés n’est pas seulement le deuil de ceux qui l’ont connu et qui l’ont aimé, ou de ceux qui l’ont vu à l’œuvre, ou de ceux qui ont servi sous ses ordres ; c’est celui de la France et d’une grande portion de l’humanité civilisée. Il est significatif qu’au premier rang des visiteurs qui sont venus, à la nouvelle de sa mort, saluer la dépouille mortelle, se soient trouvés l’illustre homme d’État qui a été en France le chef du gouvernement de la Victoire et l’admirable souverain qui, dès le début de la guerre, a incarné devant l’univers l’éternelle justice.
S’il vous avait été donné, Messieurs, de parcourir les messages de sympathie qui sont parvenus ces jours-ci, de tant de points du globe, à M. le Président de la République et au gouvernement, vous éprouveriez, devant cette unanimité de la reconnaissance et du respect, une émotion faite à la fois de tristesse et de douceur, et vous vous diriez qu’un tel homme, si affreuse que soit sa perte, ne disparaît pas tout entier, et qu’il laisse derrière lui un exemple impérissable.
Né à Tarbes d’une famille languedocienne, élevé à Saint-Étienne et à Metz, marié en Bretagne, Foch semblait destiné à personnifier, par l’harmonieuse diversité de ses attaches françaises, l’indivisible unité de la patrie. Surpris clans sa dix-neuvième année par la guerre et l’invasion, il quitte le collège messin de Saint-Clément et s’engage pour la durée de la campagne, mais avant d’être envoyé au feu, il assiste à la défaite et au démembrement de la France. Admis, après la signature du traité de Francfort, à l’École polytechnique, il garde profondément gravé dans la mémoire le souvenir de ces jours tragiques et se promet de consacrer au redressement de la France tout ce qu’il y a en lui d’intelligence et de volonté.
Élève à l’École d’application d’artillerie, à l’École de cavalerie de Saumur, à l’École supérieure de guerre, il cherche partout à développer ses connaissances techniques et générales et, à mesure qu’il avance dans la carrière militaire, il ne cesse d’enrichir son âme par l’étude et la réflexion.
Lorsque, en 1895, il revient à l’École de guerre pour professer lui-même, les leçons qu’il y donne ne constituent pas seulement une savante initiation à la tactique et à la stratégie ; elles contiennent aussi et surtout l’exposé méthodique d’une forte doctrine. Pour Foch, il n’y a de véritable supériorité que celle du caractère. Il prend hardiment la défense de « ces grandes abstractions qui sont le devoir et la discipline » ; et il résume ses idées maîtresses en quelques définitions saisissantes : « La guerre, département de la force morale ; la bataille, lutte de deux volontés ; la victoire, supériorité morale chez le vainqueur, dépression morale chez le vaincu. » Il prend soin toutefois d’ajouter que ni la clairvoyance ni l’énergie ne suffisent au chef ; il lui faut encore la rare faculté de communiquer l’esprit qui l’anime aux troupes qu’il a sous son commandement. Il doit donc connaître ses hommes, les comprendre, les aimer et maintenir entre eux et lui cette confiance mutuelle, plus indispensable encore à une armée nationale qu’à une armée de métier, et seule capable de donner à l’obéissance militaire toute sa grandeur et toute sa beauté.
Tel est, en raccourci, l’enseignement du maître qu’aux heures incertaines de la paix, Georges Clemenceau, par une sorte de divination, a nommé directeur de l’École de guerre. Quelques années plus tard, Foch obtient la troisième étoile et, au mois d’août 1913, il est placé à la tête du vingtième corps, dans cette ville de Nancy, devenue depuis nos échecs la voisine désarmée d’une frontière imposée par la force. Comme tous les Français, il est si éloigné de desseins belliqueux et si peu disposé à caresser des idées de revanche que, plus de deux semaines après l’attentat de Sarajevo, le 14 juillet 1914, il va, en permission régulière, demander à sa chère Bretagne quelques jours de repos et de liberté. C’est seulement après la remise à la Serbie de l’ultimatum austro-hongrois qu’il rentre à Nancy et, dès que la guerre nous est déclarée, il prête, comme tous les Français aussi, serment de ne pas déposer les armes avant d’avoir remporté la victoire et libéré nos provinces captives.
Mais bientôt les premières batailles lui laissent prévoir que cette victoire exigera de longs efforts et de coûteux sacrifices. Si puissante que soit par elle-même une volonté d’offensive, il lui arrive de se heurter à des moyens matériels si abondamment utilisés qu’ils la paralysent et l’anéantissent. Dans la région de Morhange et sur les hauteurs de Baronville, les vaillantes troupes du vingtième corps, division de fer et division d’acier, se brisent contre un ennemi solidement retranché derrière des réseaux de fils barbelés, et protégé par des tirs d’artillerie. Sans se décourager. Foch se hâte de reconstituer ses unités et, lorsque l’armée adverse, cherchant à tourner nos places de l’est, se propose d’enlever notre droite et de prendre à revers nos forces principales, engagées dans nos départements du nord, il est de ceux qui contribuent, avec nos troupes de Lorraine, à lui fermer la trouée de Charmes et à la rejeter, toute meurtrie, sur notre frontière ensanglantée. Parmi tant de morts ensevelis dans les plis de la terre délivrée, il en laisse deux qui lui sont particulièrement chers, son fils, l’aspirant Germain Foch, et son gendre, le capitaine Bécourt. Mais il se détourne de ses douleurs privées pour s’absorber tout entier dans la tâche que lui a confiée la patrie.
C’est alors que Joffre, juge impassible de la valeur de ses lieutenants, remet à Foch le commandement d’une armée nouvelle, la 9e, qui, pendant la bataille de la Marne, va résister, près des marais de Saint-Gond, à une formidable poussée allemande. Au plus fort du combat, Foch, qui s’est toujours plu à répéter que le mouvement est la loi de la stratégie, a une de ces inspirations géniales dont il a coutume d’emprunter le premier souffle à la méditation ou à l’histoire. Il prie son voisin, le général Franchet d’Esperey, de l’aider à remplacer, en première ligne, la 22e division, que commande Grossetti et que trois jours de lutte ont cruellement éprouvée ; il la retire du feu, mais la fait aussitôt glisser en arrière de nos lignes et la transporte rapidement face à l’est, de manière que, désemparé et saisi d’effroi, l’ennemi se sente obligé de reculer devant notre front rétabli.
Peu de semaines plus tard, lorsque, vers le nord et vers l’ouest, les Allemands cherchent à nous gagner de vitesse pour arriver les premiers à la mer et déborder notre aile gauche, Joffre n’a oublié ni l’heureuse inspiration ni la manœuvre hardie du commandant de la 9e armée ; et, le 4 octobre, il confère à Foch le titre d’adjoint au général en chef, avec mission, non seulement de coordonner l’action de toutes les troupes françaises engagées entre l’Oise et le littoral de la Manche, mais aussi de concerter leurs opérations avec celles de l’armée britannique, concentrée dans la zone d’Hazebrouck et de Saint-Omer, et de l’armée belge, qui défend avec bravoure, sous les ordres de son roi, les derniers lambeaux de son territoire. Foch installe, d’abord, son quartier général à Doullens ; puis, mû par le désir de mieux dominer la vaste plaine des Flandres, il s’établit, dans cette jolie ville de Cassel qui, fière de conserver à jamais le souvenir de son séjour, lui a élevé l’an dernier, avec le concours des populations enthousiastes, un monument symbolique. Si, aujourd’hui l’Angleterre et la Belgique sont au premier rang des nations amies pour s’associer au deuil de la France, c’est en particulier parce qu’elles n’ont rien oublié des inappréciables services rendus par Foch à la cause de nos trois pays pendant la bataille de l’Yser et la bataille d’Ypres. Ce serait faire œuvre impie que de vouloir, dans une entreprise collective, diminuer, au profit d’un de ses alliés, le rôle des autres ; mais personne ne conteste, je crois que du haut de la colline de Cassel, Foch ait constamment veillé, avec une incomparable autorité, à la préparation des succès communs.
Et voici maintenant que le front s’immobilise et que va commencer, sur d’immenses lignes fortifiées, un long siège de géants, ou des peuples arrêtés face à face, seront tour à tour assiégeants et assiégés. Dans cette guerre qui se fige, Foch, comme tant d’autres, cherche vainement la surprise, l’inattendu, l’événement sauveur. Mais pas un instant il ne désespère, et jusqu’à la fin de 1916, il reste le vigilant organisateur de toute la région militaire qui s’étend de la mer à la vallée de l’Oise. C’est lui qui, au printemps de 1915, s’efforcera d’ébranler en Artois les positions allemandes ; c’est lui qui, au printemps de 1916, montera, sur les deux rives de la Somme, une offensive savamment étudiée, et la poursuivra sans défaillance durant la bataille de Verdun, dans la seule intention de soulager les troupes françaises qui défendent, au prix de si lourdes pertes, les abords de la glorieuse forteresse lorraine.
Deux années se passent. Foch est nommé chef d’état-major de l’armée au ministère de la Guerre. Il dresse les premiers plans de la coopération américaine. Il apporte au comité de guerre français les précieux avis d’une expérience que chaque jour mûrit et alimente. Il préside magistralement à Versailles le Conseil supérieur interallié : premier pas, bien timide encore, vers l’unité de commandement. Et tout à coup, vers la fin de mars 1918, dans une heure d’alarme, tous les yeux inquiets cherchent un chef, et, instinctivement, irrésistiblement, se tournent vers Foch.
Le 21 mars, avant l’aube, trente-sept divisions allemandes se précipitent sur le front allié dans l’espoir de briser la charnière où se rejoignent les troupes britanniques et françaises. Violemment assaillie par des forces supérieures, la 5e armée anglaise est contrainte de se replier ; l’ennemi marche sur Montdidier pour s’ouvrir la route d’Amiens et couper toutes communications entre nous et nos voisins de gauche. Faute d’un commandement unique et d’une volonté dominante, l’armée française va sans doute être condamnée à se ramasser vers le sud et l’armée anglaise acculée à se rabattre sur ses bases maritimes. Le 25 mars, lord Milner et le général Wilson, alertés par le maréchal Haig, arrivent sur les lieux. Les deux gouvernements et les deux états-majors se rencontrent le 26 mars à Doullens et, d’un commun accord, Foch est officiellement chargé de coordonner dorénavant l’action des deux armées alliées. Le 3 avril, cette décision salutaire, mais encore incomplète, se précise et s’améliore à Beauvais. Foch reçoit effectivement la direction stratégique des opérations militaires et, quelques jours plus tard, le titre de général en chef consacre définitivement aux yeux de tous la reconnaissance de son autorité suprême.
Aussitôt investi de ce commandement, qui va s’exercer de la mer du Nord à la plaine d’Alsace, sur une ligne continue de quatre cents kilomètres, et qui met entre les mains d’un seul homme le sort de plusieurs millions de ses semblables, Foch veut que, du centre où il s’installe, sa pensée rayonne à tout instant jusqu’aux cellules extrêmes du prodigieux organisme dont elle doit être l’animatrice ; il faut qu’elle parvienne au soldat dans la tranchée, à l’artilleur près de sa batterie, à l’aviateur dans les airs ; il faut qu’elle inspire à tous la même énergie et la même foi. Ne craignons rien. Foch est prêt ; et ce miracle s’accomplira.
De son quartier général de Sarcus, il tient toutes les commandes du mécanisme qu’il dirige. Il est présent partout et rien ne lui échappe. Après avoir assuré la défense de la Somme, il est obligé d’envoyer des renforts français dans les Flandres pour barrer aux Allemands la route de Calais, et lorsqu’il a fait échouer ces deux tentatives, c’est du côté du Chemin des Dames qu’il est brusquement appelé à conjurer un désastre. Quatre mille pièces d’artillerie, massées en un court espace, ont enveloppé dans d’épais nuages d’ypérite nos troupes de première ligne ; et d’excellentes divisions allemandes, jetées sur la vallée de l’Aisne, ont traversé la rivière, écrasé tout sur leur passage, franchi la Vesle, et menacé pour la troisième fois les approches de Paris. Mais bientôt, secondées par les divisions américaines, nos troupes, reprises en main, retiennent l’ennemi dans la large poche aux abords sinueux où il s’est imprudemment engouffré ; et déjà Foch, en pleine possession de sa puissante et sage méthode, s’apprête à des combats plus vastes et plus décisifs.
Quelques indices concordants lui donnent à penser qu’à l’est et à l’ouest de Reims, les Allemands méditent une double attaque. Loin de s’émouvoir de ces signes précurseurs, Foch comprend tout de suite que s’il réussit à maîtriser les adversaires, leur situation se trouvera singulièrement compromise dans l’impasse où ils se sont aventurés. Il donne ses instructions à Pétain ; Pétain assigne à Gouraud et à Mangin leurs rôles respectifs : tout est en place. Vienne l’ennemi, il trouvera à qui parler. Il arrive, remporte quelques succès partiels, mais ne parvient pas à s’emparer de la montagne de Reims, s’arrête, décontenancé, devant nos 10e et 6e armées et leur livre, en moins d’une journée, huit cents canons et douze mille prisonniers.
« Dans toute guerre, a dit Foch, il y a un moment où une armée se sent portée en avant, comme si elle glissait sur un plan incliné. » C’est au chef qu’il appartient de saisir alors l’occasion fugitive. Au mois de juillet 1918, Foch a entendu le premier appel de la victoire. Il a vu que l’ennemi commençait à chanceler ; il s’est promis de le bousculer sans trêve et sans merci. « L’Entente, s’écrie-t-il, doit frapper maintenant à coups redoublés. » À sa voix, Belges, Anglais, Américains, Portugais, tous nos autres alliés redoublent de courage et d’entrain. Amiens est dégagé ; Montdidier reconquis ; Bapaume et Péronne sont enlevés ; Saint-Mihiel et une partie de la Woëvre sont délivrés ; Gouraud s’avance en direction de Rethel et de Mézières ; et bientôt, dès les premiers jours d’octobre, la forte ligne de bastions derrière laquelle sont réfugiés et retranchés les Allemands commence à céder et à crever çà et là. Foch n’en est que plus fortement déterminé à précipiter ses attaques. Il sait qu’en Italie le général Diaz prépare lui-même une vigoureuse offensive ; qu’en Orient Franchet d’Espèrey a déjà contraint les Bulgares à demander un armistice ; que l’Autriche faiblit et s’épuise. Il s’empresse donc de repartir au pas de charge, et, dorénavant, de jour en jour, les victoires succéderont aux victoires ; les Belges rentreront triomphalement à Ostende et à Bruges ; Lille et Valenciennes seront libérées d’une longue captivité ; le drapeau étoilé flottera aux lisières de l’Argonne. Deux armées françaises seront disposées en Lorraine, sous le commandement de Castelnau, et se prépareront à tourner la place de Metz par l’est, dans la direction de Sarrebrück, pour couper la retraite aux Allemands. À partir du 31 octobre, c’est d’heure en heure que s’accentue la progression des alliés. Nos adversaires, déconcertés, se résignent à un repli général. Foch les poursuit l’épée dans les reins et ne leur permet pas de reprendre haleine. Pour éviter de succomber sur la Meuse ou d’en être réduite à capituler en rase campagne, l’armée allemande envoie des parlementaires à Rethondes et sollicite la suspension des hostilités.
Le 11 novembre 1918, Foch était maitre d’étrangler l’ennemi. Mais dans la conviction qu’un armistice permettrait de régler. à la complète satisfaction du droit, les conditions de la paix future il n’a pas voulu, par sentiment d’humanité, conseiller de plus longues hécatombes. Pour ce soldat français, pour ce soldat chrétien, la guerre n’était pas un but ; elle n’était qu’un moyen, et non pas le moyen de procurer à un pays l’enrichissement ou la domination, mais le moyen de maintenir son indépendance et sa pleine sécurité.
Lorsque l’armistice est signé, Foch félicite en un noble langage ses officiers, ses sous-officiers et ses hommes d’avoir gagné la plus grande bataille de l’histoire et d’avoir fait triompher la cause la plus sacrée, celle de la liberté du monde ; puis, avec sa simplicité native, il arrête et clôt son journal de marche, sans même s’attendre aux hommages du pays qu’il a sauvé. Si, dès le 23 août 1918, il a reçu le bâton de maréchal, si les Chambres ont proclamé qu’il a bien mérité de la patrie, si l’Académie française s’est empressée de l’accueillir dans son sein, il n’a rien demandé à personne, et il paraît étonné, presque gêné, des honneurs qui lui viennent de France ou de l’étranger. Dans la paix comme dans la guerre, il n’a qu’un désir, toujours le même, celui de servir au poste qui lui est assigné. Ce qui le préoccupe désormais, c’est le maintien, dans l’avenir, de cette sécurité qu’il a demandée à la victoire. À la tête de la Commission militaire interalliée, il reste un contrôleur attentif et informé ; il ne néglige rien pour renseigner les gouvernements intéressés ; il ne laisse passer aucun abus ; mais jamais ses observations ne lui sont suggérées par l’esprit impérialiste, par la rancune ou par la haine. Aujourd’hui que la guerre est finie, il n’entend plus être que le soldat de la paix.
Bonté naturelle, modestie charmante, discret effacement qui ont bien souvent ému ceux qui l’ont fréquenté ou seulement approché. Il avait l’esprit vif et ses propos ne manquaient ni de verve, ni d’ironie. Mais, pour le bien juger, il ne fallait pas croire qu’il mît dans ses boutades familières le meilleur de lui-même ; il fallait pénétrer plus profondément en lui et savoir reconnaître que, si alerte que fût son intelligence, il était surtout un homme de cœur et de conscience. Dans la vie publique comme dans la vie privée, il a eu de grandes joies et de grandes tristesses. Il n’a jamais été enivré par les unes, ni accablé par les autres. Il avait cette force de se considérer comme faible devant l’éternité et de pouvoir attribuer à la générosité divine les mérites dont on lui faisait gloire. Négliger, devant ces draperies funèbres, des traits aussi saillants de son caractère, ce serait, par réticence ou par restriction, trahir la vérité. Nous devons à la mémoire de Foch, nous devons à ceux qui le pleurent ici, à la noble femme qui a été sa conseillère et son soutien, à ses enfants, à son frère, à ses amis, de ne laisser dans l’ombre aucune ligne de sa grande figure, et de le montrer tel qu’il a été. Ceux mêmes qui ne partageaient pas ses croyances n’ont jamais pu se défendre d’admirer en lui, outre de merveilleux talents militaires, l’épanouissement des plus belles vertus civiques et le trésor des plus hautes qualités morales. Inclinons-nous, Messieurs, devant les restes sacrés de celui qui, en servant la France, a servi l’humanité et qui vivra, d’une vie sans cesse rajeunie, dans l’esprit de la postérité.
Foch, chef de guerre
de Elizabeth Greenhalgh (Auteur), Simon Duran (Traduction)
ASIN : B00C7IV1II
Éditeur : Editions Tallandier (26 septembre 2013)Langue : Français
Broché : 681 pages
ISBN-13 : 979-1021002722
Poids de l'article : 700 g
Dimensions : 16.5 x 2.9 x 23 cm
Mais la mauvaise coordination des troupes françaises lors de la seconde bataille d’Artois empêche l’exploitation de la spectaculaire avancée de Pétain et du 33ème corps d’armée. On retiendra surtout le coût humain considérable de la bataille d'Artois avec pas moins de 102.000 pertes. Même constat en juillet 1916 lors de la bataille de la Somme. Les têtes pensantes, dont Foch fait partie, s'attendent à ce que la ligne de défense allemande soit décimée par le pilonnage des troupes allemandes, mais c'est une utopie. Au terme de la bataille de la Somme, les lignes n'ont pas bougé, et on compte 622.221 soldats hors de combat côté allié, "pour rien". En décembre 1916, Foch est destitué du commandement du Groupe d'armées du Nord (Gan) et tombe en disgrâce.
En 1917, la situation militaire des Alliés est inquiétante : échec du général Nivelle sur le Chemin des Dames, mutineries, effondrement de l'empire russe, déroute italienne... Foch est rappelé comme chef d'état-major général de l'Armée en mars 1918. Clémenceau expliquera une fois le conflit terminé : "Je me suis dit : essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! J'ai laissé cet homme sensé, plein de raison qu'était Pétain ; j'ai adopté ce fou qu'était Foch. C'est le fou qui nous a tirés de là !" Au cours de cette année 1918, la France ne représentait plus la majorité des effectifs militaires alliés. Les entreprises fédératrices menées par Foch furent décisives et innovantes. Il bloque l'offensive allemande en avril 1918 et lance la contre-attaque décisive du 18 juillet. Dès le 7 août 1918, il est élevé à la dignité suprême de Maréchal de France. Le 11 novembre 1918, c’est lui qui signe l’Armistice avec le sentiment du devoir accompli. Mais il songe aussi aux millions de soldats morts - dont son fils et son gendre - et il sait qu'il faut aussi gagner la paix. "Je ne fais pas la guerre pour la guerre. Si j'obtiens par l'armistice les conditions que nous voulons imposer à l'Allemagne, je suis satisfait. Le but étant atteint, nul n'a le droit de faire répandre une goutte de sang de plus". (Mémoires du maréchal Foch, t. II. p. 285).
Maréchal de France, de Grande-Bretagne et de Pologne, académicien, titulaire de 37 décorations françaises et étrangères, Président du Conseil supérieur de la guerre. Il ne réussit pas à imposer sa conception d'une paix exigeant le Rhin comme frontière de l'Allemagne plutôt que fondée sur d'hypothétiques promesses.
Déçu par les clauses du traité, il veut faire entendre sa voix en se présentant aux élections présidentielles de 1920. Son échec lui fait renoncer à la politique. Il voyage, écrit ses mémoires, ne cessant de défendre sa conviction : une nation moralement forte, puissamment armée, est nécessaire pour éviter que ne recommence la guerre.
Le 20 mars 1929, le maréchal Foch décède à Paris. Fils du secrétaire général de la préfecture des Hautes-Pyrénées, Ferdinand Foch naît à Tarbes, le 2 octobre 1851, au sein d'une famille bourgeoise et pieuse. Lycéen travailleur et brillant, il devient bachelier ès lettres puis ès sciences. Envoyé à Metz en 1869 pour y préparer l'Ecole polytechnique, il connaît l'occupation prussienne qui s'abat sur la Lorraine. Epreuve déterminante ? A Polytechnique, il choisit la carrière des armes. Il tente et réussit le concours d’entrée à l’École polytechnique à Nancy. 47e sur 144 élèves au moment de son passage dans la 1ère division, l’élève suit ensuite les cours comme externe durant premier semestre 1872-73. A la sortie, il opte pour l’Artillerie et entre à l’École d’Application de Fontainebleau pour une année de formation supplémentaire.
Le 15 octobre 1874, il en termine et est affecté au 24e régiment d’Artillerie avec le grade de sous-lieutenant puis de lieutenant, après sa promotion le 1er octobre de l’année suivante. Le 21 janvier 1876, il est transféré brièvement au 31e régiment d’Artillerie mais, dès le 16 mars, il est de retour au 24e RA. Le 30 mars 1878, il rejoint l’état-major du 10e régiment d’Infanterie où il suit notamment des cours d’équitation et passe capitaine le 30 septembre. Un an plus tard, le 24 décembre 1879, il change à nouveau d’unité et devient adjoint au chef de service du personnel et du dépôt central au 35e régiment d’Artillerie. Il y reste deux ans et demi avant d’être réaffecté au 25e puis au 22e RA. Le 30 décembre 1884, il est rattaché au 9e régiment d’Artillerie mais en est détaché à Fontainebleau.
Elève à l'Ecole de Guerre en 1885, il est officiellement rattaché à l’État-major de l’Artillerie. Il suit alors les cours de l’École Supérieure de Guerre d’où il sort breveté d’état-major le 31 décembre 1887. Lors de son passage, il se faire remarquer pour ses aptitudes à commander, non seulement dans l’artillerie, mais également dans l’infanterie et la cavalerie. A sa demande, Foch rejoint ensuite l’état-major du 16e corps d’armée de Montpellier en qualité de stagiaire. Un an plus tard, il est classé hors cadre et affecté à l’état-major de la 31e division d’infanterie. Le 5 août 1890, il est une nouvelle fois transféré et rejoint cette fois le 3e bureau de l’état-major de l’armée où il passe chef d’escadron le 27 février 1891. Dès l’année suivante, le 18 février 1892, il est à nouveau renvoyé vers un régiment : le 13ème d’Artillerie. Le 9 juillet 1892, ses aptitudes et qualités sont une première fois reconnues lorsqu’il est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur. Déjà, deux ouvrages ont regroupé ses conceptions stratégiques. "La réalité du champ de bataille est qu'on n'y étudie pas ; on fait simplement ce que l'on peut pour appliquer ce que l'on sait ; dès lors, pour y pouvoir un peu, il faut savoir beaucoup et bien" (Foch. in "Principes de guerre"). Il quitte l’école en 1901 avec le grade de lieutenant-colonel pour rejoindre le 29e régiment d’Artillerie de campagne de Laon.
Deux ans plus tard, promu colonel, il reçoit le commandement du 35e régiment d’Artillerie de Vannes. Quelques mois plus tard, le général Millet le fait appeler à ses côtés afin de devenir le chef de l’état-major du 5ème corps d’armée à Orléans. Le 23 août 1907, Foch devient également membre du Comité Technique de l’Artillerie.
Il commande, après avoir été nommé général de Brigade, l’École Supérieure de Guerre de 1908 jusqu’au mois d’août 1911, après quoi on lui donne le commandement de la 13e division d’infanterie. Il y est promu général de division le 21 septembre. Un an et demi plus tard, le 17 décembre 1912, il est promu à la tête du 8e corps d’armée. Le 31 décembre 1913 il accède au grade de Commandeur de la Légion d’Honneur et prend la tête du 20e Corps d’Armée à Nancy le 11 août 1914.
Souvent mis sur un piédestal, Foch a en réalité multiplié les mauvaises décisions durant les trois premières années du conflit. Mais, finalement, son refus d'abdiquer, son énergie et sa capacité à fédérer les forces alliées ont triomphé, faisant de lui l'un des personnages les plus emblématiques de la Première Guerre mondiale. La disgrâce du général est officiellement dû aux résultats jugés insuffisants des offensives du début de la guerre. Mais, elle doit aussi beaucoup à des rivalités internes entre officiers supérieurs. Quant aux « erreurs » de stratégie, elles tiennent pour beaucoup à la mauvaise préparation de l'armée française. Le général Foch fut à l'image du commandement français, en retard d’une guerre.
En 1917, la situation militaire des Alliés est inquiétante : échec du général Nivelle sur le Chemin des Dames, mutineries, effondrement de l'empire russe, déroute italienne... Foch est rappelé comme chef d'état-major général de l'Armée en mars 1918. Clémenceau expliquera une fois le conflit terminé : "Je me suis dit : essayons Foch ! Au moins, nous mourrons le fusil à la main ! J'ai laissé cet homme sensé, plein de raison qu'était Pétain ; j'ai adopté ce fou qu'était Foch. C'est le fou qui nous a tirés de là !" Au cours de cette année 1918, la France ne représentait plus la majorité des effectifs militaires alliés. Les entreprises fédératrices menées par Foch furent décisives et innovantes. Il bloque l'offensive allemande en avril 1918 et lance la contre-attaque décisive du 18 juillet. Dès le 7 août 1918, il est élevé à la dignité suprême de Maréchal de France. Le 11 novembre 1918, c’est lui qui signe l’Armistice avec le sentiment du devoir accompli. Mais il songe aussi aux millions de soldats morts - dont son fils et son gendre - et il sait qu'il faut aussi gagner la paix. "Je ne fais pas la guerre pour la guerre. Si j'obtiens par l'armistice les conditions que nous voulons imposer à l'Allemagne, je suis satisfait. Le but étant atteint, nul n'a le droit de faire répandre une goutte de sang de plus". (Mémoires du maréchal Foch, t. II. p. 285).
Maréchal de France, de Grande-Bretagne et de Pologne, académicien, titulaire de 37 décorations françaises et étrangères, Président du Conseil supérieur de la guerre. Il ne réussit pas à imposer sa conception d'une paix exigeant le Rhin comme frontière de l'Allemagne plutôt que fondée sur d'hypothétiques promesses.
Déçu par les clauses du traité, il veut faire entendre sa voix en se présentant aux élections présidentielles de 1920. Son échec lui fait renoncer à la politique. Il voyage, écrit ses mémoires, ne cessant de défendre sa conviction : une nation moralement forte, puissamment armée, est nécessaire pour éviter que ne recommence la guerre.
Le 20 mars 1929, le maréchal Foch décède à Paris. Fils du secrétaire général de la préfecture des Hautes-Pyrénées, Ferdinand Foch naît à Tarbes, le 2 octobre 1851, au sein d'une famille bourgeoise et pieuse. Lycéen travailleur et brillant, il devient bachelier ès lettres puis ès sciences. Envoyé à Metz en 1869 pour y préparer l'Ecole polytechnique, il connaît l'occupation prussienne qui s'abat sur la Lorraine. Epreuve déterminante ? A Polytechnique, il choisit la carrière des armes. Il tente et réussit le concours d’entrée à l’École polytechnique à Nancy. 47e sur 144 élèves au moment de son passage dans la 1ère division, l’élève suit ensuite les cours comme externe durant premier semestre 1872-73. A la sortie, il opte pour l’Artillerie et entre à l’École d’Application de Fontainebleau pour une année de formation supplémentaire.
Le 15 octobre 1874, il en termine et est affecté au 24e régiment d’Artillerie avec le grade de sous-lieutenant puis de lieutenant, après sa promotion le 1er octobre de l’année suivante. Le 21 janvier 1876, il est transféré brièvement au 31e régiment d’Artillerie mais, dès le 16 mars, il est de retour au 24e RA. Le 30 mars 1878, il rejoint l’état-major du 10e régiment d’Infanterie où il suit notamment des cours d’équitation et passe capitaine le 30 septembre. Un an plus tard, le 24 décembre 1879, il change à nouveau d’unité et devient adjoint au chef de service du personnel et du dépôt central au 35e régiment d’Artillerie. Il y reste deux ans et demi avant d’être réaffecté au 25e puis au 22e RA. Le 30 décembre 1884, il est rattaché au 9e régiment d’Artillerie mais en est détaché à Fontainebleau.
Elève à l'Ecole de Guerre en 1885, il est officiellement rattaché à l’État-major de l’Artillerie. Il suit alors les cours de l’École Supérieure de Guerre d’où il sort breveté d’état-major le 31 décembre 1887. Lors de son passage, il se faire remarquer pour ses aptitudes à commander, non seulement dans l’artillerie, mais également dans l’infanterie et la cavalerie. A sa demande, Foch rejoint ensuite l’état-major du 16e corps d’armée de Montpellier en qualité de stagiaire. Un an plus tard, il est classé hors cadre et affecté à l’état-major de la 31e division d’infanterie. Le 5 août 1890, il est une nouvelle fois transféré et rejoint cette fois le 3e bureau de l’état-major de l’armée où il passe chef d’escadron le 27 février 1891. Dès l’année suivante, le 18 février 1892, il est à nouveau renvoyé vers un régiment : le 13ème d’Artillerie. Le 9 juillet 1892, ses aptitudes et qualités sont une première fois reconnues lorsqu’il est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur. Déjà, deux ouvrages ont regroupé ses conceptions stratégiques. "La réalité du champ de bataille est qu'on n'y étudie pas ; on fait simplement ce que l'on peut pour appliquer ce que l'on sait ; dès lors, pour y pouvoir un peu, il faut savoir beaucoup et bien" (Foch. in "Principes de guerre"). Il quitte l’école en 1901 avec le grade de lieutenant-colonel pour rejoindre le 29e régiment d’Artillerie de campagne de Laon.
Deux ans plus tard, promu colonel, il reçoit le commandement du 35e régiment d’Artillerie de Vannes. Quelques mois plus tard, le général Millet le fait appeler à ses côtés afin de devenir le chef de l’état-major du 5ème corps d’armée à Orléans. Le 23 août 1907, Foch devient également membre du Comité Technique de l’Artillerie.
Il commande, après avoir été nommé général de Brigade, l’École Supérieure de Guerre de 1908 jusqu’au mois d’août 1911, après quoi on lui donne le commandement de la 13e division d’infanterie. Il y est promu général de division le 21 septembre. Un an et demi plus tard, le 17 décembre 1912, il est promu à la tête du 8e corps d’armée. Le 31 décembre 1913 il accède au grade de Commandeur de la Légion d’Honneur et prend la tête du 20e Corps d’Armée à Nancy le 11 août 1914.
Souvent mis sur un piédestal, Foch a en réalité multiplié les mauvaises décisions durant les trois premières années du conflit. Mais, finalement, son refus d'abdiquer, son énergie et sa capacité à fédérer les forces alliées ont triomphé, faisant de lui l'un des personnages les plus emblématiques de la Première Guerre mondiale. La disgrâce du général est officiellement dû aux résultats jugés insuffisants des offensives du début de la guerre. Mais, elle doit aussi beaucoup à des rivalités internes entre officiers supérieurs. Quant aux « erreurs » de stratégie, elles tiennent pour beaucoup à la mauvaise préparation de l'armée française. Le général Foch fut à l'image du commandement français, en retard d’une guerre.

