Andrew Doyle: menaces sur le “free speech” - Par Michèle Tribalat
Dans son livre Free speech And Why It Matters (Constable, 2021), l’amuseur britannique Andrew Doyle se fait soudain beaucoup plus sérieux. Il nous met en garde : la cancel culture et le wokisme sont notre «suicide intellectuel au ralenti».
Andrew Doyle, dramaturge, comédien, journaliste et satiriste politique, connu pour ses vidéos mettant en scène un Jonathan Pie fictif qui commente l’actualité sur un ton furibard et les tweets de la fictive Titania McGrath, n’est pas seulement un amuseur. Il est chercheur invité à l’Université Queen’s de Belfast et a publié l’an dernier un petit livre sur la liberté d’expression qui ne manque pas d’intérêt.
Ce livre démarre sur une anecdote significative de l’esprit du temps. Il est possible, en Angleterre, de recevoir la visite d’un policier, après signalement d’un incident haineux ne relevant pas du pénal (non-crime hate incident), lequel est consigné dans un registre qui peut être consulté par des employeurs lors d’une embauche. Andrew Doyle raconte la visite du policier qui s’est présenté chez Harry Miller pour vérifier ce qu’il pense : « We need to check your thinking » ! (Voir vidéo plus bas et notre encadré en fin d’article concernant le déroulement et les suites de ce contrôle policier ubuesque). Pour Andrew Doyle, ce type d’intervention orwellienne se produit dans un climat d’apathie inquiétant. L’ère digitale prive aussi les citoyens d’une défense de leur liberté d’expression. Aux États-Unis, le 1er amendement protège les citoyens de l’interférence du gouvernement, mais pas de celle des Big Tech qui, sous couvert du Communications Decency Act, n’ont de compte à rendre à personne. Elles ne sont pas légalement responsables des contenus, mais peuvent les censurer à leur convenance et peser ainsi sur le débat public.