Russie, Chine, Turquie: «Quand les empires contre-attaquent» - Par Joseph Macé-Scaron
Pour l'essayiste Joseph Macé-Scaron, la guerre en Ukraine a réveillé le souvenir des empires et nous rappelle que ces régimes politiques sont omniprésents.
Essayiste et romancier, Joseph Macé-Scaron fut aussi journaliste, à la tête de nombreux magazines (Le Figaro Magazine, Marianne, Le Magazine littéraire), et longtemps commentateur régulier de l'actualité à la radio et à la télévision.
S'il y a bien une constante dans l'histoire de l'humanité, c'est que la carte du monde n'a jamais cessé de se redessiner. Aussi faut-il reconnaître que toutes les tentatives dans le passé qui ont eu l'ambition de fixer, une fois pour toutes, des frontières, avec l'assurance d'un Romulus délimitant Rome en creusant une tranchée à l'aide de sa charrue, ont été à l'origine de conflits majeurs et permanents.
Ces dernières décennies ont parfois donné l'impression trompeuse que, seuls, deux modèles d'organisation territoriale devaient prévaloir dans le débat public.
Le premier pensait le monde comme un ensemble de confédérations cohabitant plus ou moins harmonieusement et devant, tôt ou tard, déboucher sur un ordre mondial qui les régulait paresseusement. Cette vision a trouvé un nouveau souffle après la chute du Mur de Berlin. Elle a été théorisée par de nombreux essais au premier rang desquels, le best-seller mondial que fut La fin de l'Histoire de Francis Fukuyama.
Le second modèle était celui de la nation, défendu par une poignée d'irréductibles pour les uns ou de passéistes pour les autres, regroupés sous l'appellation heureusement non contrôlée de «souverainistes». Or, parallèlement à cet affrontement qui a atteint, en France son paroxysme avec le référendum de 2005, nous avons assisté par étapes successives au retour des empires.
