La parité, idée ringarde - Par Julia de Funès

Pourquoi certaines femmes et certains hommes perdent-ils encore leur temps à défendre aujourd’hui une cause (dé)passée, qui, de surcroit, n’a jamais été en faveur des femmes ? Je parle de la parité.


À croire qu’il s’agit toujours, pour certains, et surtout pour certaines, de monter à l’assaut, de faire croire que les combats d’aujourd’hui sont équivalents en difficulté et en courage à ceux d’antan. Si certaines injustices salariales doivent encore être combattues, la cause paritaire est bel et bien démodée. En 2022, en France, la question de savoir si les femmes sont éligibles dans les différentes assemblées, entreprises ou à certaines fonctions est désormais incongrue, en droit comme en fait. Les femmes dirigent des journaux, sont ministres, directrices générales, médecins, astronautes. Les postes les plus prestigieux sont accessibles, sinon occupés, par des femmes. Cette liberté d’exercer acquise depuis des années, nous la devons aux féministes universalistes du siècle passé qui ont conquis les droits républicains et fait des femmes des sujets à part entière de la représentation économique et nationale.

Plus de cinquante ans après, certaines néoféministes parfois venimeuses, souvent animées d’une frénésie persécutrice et d’une récrimination rigoureuse, rigidement recroquevillées sur les nouvelles convenances linguistiques et comportementales, affamées de quotas stricts, ne salivent qu’à l’idée d’une égalité statistique parfaite, traquent les moindres disparités, terrorisent les hommes par leur exigence infinie de repentance. Certaines « en tant que femmes » vont jusqu’à invoquer le principe « différentialiste », le même ayant servi aux hommes pendant des siècles à justifier dans tous les domaines l’infériorité féminine ! Ce à quoi les propagandistes du bienfait paritaire rétorquent avec véhémence : « Les femmes sont encore sous-représentées dans certains secteurs ou à certains niveaux. »

Si les femmes sont moins nombreuses à certains postes, cela ne veut pas du tout dire qu’elles sont sous-représentées pour autant ! La confusion se joue entre représentation et représentativité. La représentation est un principe républicain qui dépasse les signes identitaires. Un homme, un avocat par exemple, peut représenter une femme, une femme un homme. La représentativité est le rapport numérique et identique entre les sexes, selon lequel il faudrait des femmes pour représenter des femmes. L’identité se substitue insidieusement à l’égalité dans le concept de représentativité.

LUTTE DE POUVOIR

Les thuriféraires de la parité ne s’arrêtent pas à l’argument de la représentation, mais visent bien une égale représentativité, un partage strictement égalitaire du pouvoir entre les sexes. C’est avouer à leur insu que le combat est plus une lutte de pouvoir, d’occupation, de présence représentative que de liberté d’être représentée. Par ailleurs, en quoi les femmes seraient-elles mieux représentées par des femmes ? Entre un avocat masculin performant ou une femme avocate moins performante, je choisis l’homme ! L’affirmation selon laquelle à niveau égal, seules des femmes seraient capables de mieux représenter les femmes reste contestable. C’est faire des femmes un groupe homogène, susceptible de porter une revendication catégorielle en fonction d’une nature supposée.

C’est le rêve d’une sororité harmonieuse que la réalité ne cesse pourtant de démentir. Il suffit de voir les disparités entre femmes sur divers sujets, ne serait-ce que sur celui de la parité, pour se défaire de toute illusion d’uniformité féminine. En outre, la notion de sororité fait inévitable-ment glisser les esprits vers les clichés essentialistes les plus éculés : plus douces, plus compréhensives, seules capables de comprendre leur exclusion, etc. Défendre la sororité revient à défendre une spécificité féminine, une essence féminine. Les raisonnements essentialistes de ce genre sont évidemment à bannir pour le simplisme et la réduction qu’ils font d’un être humain à ses caractéristiques biologiques. Enfin, si les femmes sont moins représentantes, cela peut être lié à de multiples facteurs. L’argument du plafond de verre remet sur la misogynie de la classe politique ou économique cette disparité. Il est certes plus facile d’accuser l’autre sexe que de questionner le sien, c’est un procédé éprouvé. Mais travailler à plein temps et élever des triplés tout en restant pimpante n’est pas à la portée de la première venue. La difficulté à cumuler vie de famille et vie professionnelle est l’une des explications majeures de cette disparité statistique. Aussi, le vrai problème pour les femmes n’est pas tant celui des quotas que celui des conditions leur permettant d’exercer pleinement de hautes responsabilités sans être débordées par leurs tâches domestiques. Comment agir politiquement, socialement, économiquement, sur la répartition des tâches familiales et ménagères me semble un enjeu bien plus fondamental pour la liberté des femmes que de savoir s’il faut deux ou huit femmes au sein d’un conseil d’administration pour obéir à l’injonction inclusive.