La stratégie irresponsable de l’Empire anglo-américain en Ukraine, chronique d’une guerre globale annoncée… - Par Alexandre del Valle

L’extension infinie vers l’est de l’OTAN et de l’UE – sur les “lignes rouges” ukraino-géorgiennes – a toujours été perçue par la Russie comme une menace existentielle. Ne pas en tenir compte en arguant du fait que les Ukrainiens et tous les pays souverains ont le droit de choisir leurs alliances, est moralement juste, mais stratégiquement irresponsable. Del Valle démontre ici que les Ukrainiens ont été instrumentalisés par une cynique et dangereuse stratégie américaine fondée sur le divide et impera.


Dans La mondialisation dangereuse, co-écrit avec Jacques Soppelsa, nous avons expliqué que les Occidentaux, prisonniers de leur moralisme néo-impérialiste, n’ont pas pu s’empêcher, depuis les années 1990, de répandre leur modèle sociétal et leurs institutions économico-politico-sécuritaires partout dans le continent eurasiatique, ce qui a empêché de concrétiser le rapprochement russo-européen tenté en vain par les dirigeants russes de 1991 à 2003. L’ingérence occidentale dans les affaires ukrainiennes et géorgiennes au profit des forces anti-russes est co-responsable du drame actuel. Dire cela est présenté par certains atlantistes ou autres faucons comme un argument “néo-munichois”, qui justifierait le tyran Poutine. Il n’en est rien. Propos des stratèges américains à l’appui.

En réalité, ce constat a été admis par les plus grands géopolitologues américains protagonistes de la guerre froide et de l’endiguement de l’URSS. Ces dernières semaines, quelques voix discordantes ont rappelé à juste titre (Vladimir Fédorovski, Hubert Védrine, Dominique de Villepin, Éric Denécé, Claude Lellouche) le fait que les dirigeants des États-Unis et d’autres pays de l’OTAN s’étaient engagé en 1991 (James Baker et George Bush, Helmut Kohl) à ne « pas étendre l’OTAN d’un millimètre » au-delà de l’Allemagne. L’extension de l’Otan, “comme si les Russes ou les Chinois concluaient une alliance militaire dans le nord de l’Amérique avec le Canada et le Mexique.