De quoi la guerre russo-ukrainienne est-elle le nom ? - Par Alexandre del Valle

Alexandre del Valle analyse la folie stratégique des puissances occidentales — Etats-Unis en tête — qui, parce qu'ils n'ont jamais accepté de donner des garanties de non-extension de l'OTAN à Moscou, sont en train de consolider la constitution d'une "alliance anti-hégémonique" russo-chinoise.


Si l’Amérique veut continuer à jouer un rôle majeur en faveur de la stabilité et retrouver son pouvoir de séduction, largement perdu à cause de son arrogance, pour paraphraser Huntington, elle devra accepter la constitution de sphères d’influence régionales souveraines autour de la Chine, de la Russie, de l’Inde, de la Turquie, du Brésil, de l’Egypte, de l’Afrique du sud, notamment, ce qui ne l’empêchera pas de protéger ses propres zones d’influence en Amérique du Nord et du Sud, et de maintenir des liens étroits avec l’Europe. Sa politique étrangère devra renoncer à l’impérialisme de ses juridictions extraterritoriales et devra plus se recentrer sur l’impératif de promouvoir un équilibre global du pouvoir, ce qui signifie l’abandon des politiques contre-productives de regime change. Mais rien n’indique que cette tendance l’emportera. La guerre en Ukraine a été largement favorisée par le piège américain qui a consisté depuis les années 2005-2014 à radicaliser la Russie de Vladimir Poutine par le chiffon rouge de l’OTAN, à le pousser à commettre l’irréparable en Ukraine afin de couper définitivement la Russie de l’UE et renforcer la domination américaine de l’UE. Elle a démontré que l’obsession américaine de l’endiguement du “Heartland” russe a fait oublier à M. Biden la menace chinoise, bien plus capable de doubler les Etats-Unis dans tous les domaines que la Russie économiquement impuissante.