Guerre en Ukraine: Sait-on encore se défendre ? - Par Nicolas Baverez
Nouvelles menaces, réarmement mondial… Le conflit a remis la question militaire au cœur de nos préoccupations. Où en sont vraiment la France et l’Europe ?
Déni. Machiavel soulignait que « l'habituel défaut de l'homme est de ne pas prévoir l'orage par beau temps ». À l'image du krach de 2008, de la crise de l'euro, de la vague d'attentats islamistes ou de l'épidémie de Covid-19, l'agression de l'Ukraine par la Russie est apparue comme une surprise stratégique. En réalité, elle constitue l'aboutissement d'une longue et profonde dégradation de l'environnement de sécurité des nations libres, tout particulièrement en Europe. Dans l'illusion d'une paix perpétuelle garantie par le renforcement des échanges commerciaux, les démocraties se sont enfermées dans le déni face à la brutale remontée des périls extérieurs.
Tout d'abord, le djihadisme n'a pas été éradiqué par la défaite de l'État islamique au Levant. Il a muté pour se restructurer à la fois autour d'un axe de la terreur qui s'étend du golfe de Guinée aux Philippines et comme un réseau social au sein des sociétés développées. Parallèlement, les ambitions de puissance des empires autoritaires se sont dévoilées, à l'image de la Chine en mer de Chine méridionale et à Taïwan, de la Russie qui vise la reconstitution de l'Empire soviétique, de l'Iran qui a constitué un vaste « chiistan » du Liban à l'Afghanistan. Ces régimes se sont rapprochés, notamment la Chine et la Russie, unies par une « amitié sans limites » aux termes de l'accord du 4 février 2022, qui désigne la démocratie comme leur adversaire et poursuit la mise en place d'un ordre mondial postoccidental.
