OTAN, le retour ? - Par Mériadec Raffray

L’alliance fondée par les Américains pour défendre l’Europe contre une agression soviétique a raté sa reconversion après la chute du communisme. Au lieu de saisir la main tendue par la Russie au début des années 2000, l’OTAN a multiplié les provocations stratégiques. Les Ukrainiens paient au prix fort trois décennies d’erreurs.


Fin janvier, au début du nouveau pic de tension dans la crise ukrainienne – devenue la guerre d’Ukraine depuis le 24 février –, Washington met en alerte 8 500 hommes et projette 3 000 d’entre eux en Europe de l’Est pour renforcer leurs 68 000 camarades en séjour long de ce côté-ci de l’Atlantique, dans le cadre de l’OTAN. Berlin et Londres lui emboîtent le pas en envoyant chacune quelques centaines de militaires en renfort dans les Pays baltes et en Pologne, où elles arment depuis 2017 des forces de « présence avancée renforcée » – « enhanced forward presence » (« eFP ») dans le jargon otanien. La France prend sa part avec les 300 hommes et 12 chars lourds Leclerc de son groupement Lynx en Estonie. Un contingent symbolique.Pour ne pas être en reste, au moment où il s’envole vers Moscou avec l’intention d’arracher au maître du Kremlin les voies et moyens d’une désescalade à la frontière russo-ukrainienne, Emmanuel Macron annonce l’envoi d’un détachement en Roumanie. Il faut dissuader Poutine pour qu’il plie, explique-t-on alors à Paris, à l’unisson du la émis par Washington. À ce niveau de dissuasion, sourient les experts, c’est de l’esbroufe. La suite l’a prouvé. « C’est nous qui avons fabriqué le Poutine qui vient de reconnaître et d’envahir le Donbass. Nous n’aurions jamais dû en arriver là. Au début de son mandat, le même Poutine avait fait des appels du pied à l’OTAN pour nouer un partenariat, et on l’a ignoré », a rappelé Hubert Védrine lorsque le Kremlin a franchi le Rubicon, le 21 février, en reconnaissant l’indépendance des républiques autoproclamées du Donbass puis, trois jours plus tard, en envahissant l’Ukraine.