Mathieu Bock-Côté: «Ukraine, qu’est-ce qui se réveille en nous?»


Poutine serait parvenu à redonner une raison de vivre et de combattre à l’Otan, alors qu’on la croyait en situation de mort cérébrale. À tout le moins, c’est le récit officiel que se racontent les Occidentaux depuis un mois.


Alors qu’il s’imaginait trouver devant lui un Occident divisé, fragmenté, apathique et condamné à l’impuissance, Vladimir Poutine l’a découvert vigoureux, capable de se mobiliser et, surtout, de sanctionner sévèrement l’invasion de l’Ukraine. Il aurait réveillé une civilisation endormie, en la remobilisant contre un ennemi qui était parvenu à sournoisement l’amadouer, et qui se révélerait aujourd’hui sous son vrai visage. Il serait même parvenu à redonner une raison de vivre et de combattre à l’Otan, alors qu’on la croyait en situation de mort cérébrale.

À tout le moins, c’est le récit officiel que se racontent les Occidentaux depuis un mois. Il recoupe une part de vérité, assurément. Les Occidentaux sont les premiers étonnés de la vigueur de leur réaction contre Poutine. Ils s’étonnent de l’ampleur des sanctions qu’ils prennent contre lui, et s’admirent retrouvant une combativité dont ils s’étaient déshabitués. Des sanctions inimaginables le jour de l’invasion sont désormais considérées comme le minimum vital de la réaction occidentale contre le Kremlin, et on ne voit pas quand ni comment elles pourraient être levées. Le siècle vient de changer de visage.