Guerre en Ukraine et esprit de défense. - Par Jean-Baptiste Noé

Toujours soucieux de voir se réaliser leurs prévisions, un grand nombre d’analystes estiment que l’armée russe s’embourbe et que l’Ukraine résiste bien à l’offensive. C’est émettre un avis bien téméraire quant à une situation pour laquelle nous disposons de peu d’informations fiables.

D’une part, nous ne connaissons pas les objectifs de guerre de la Russie. Le but est-il de prendre Kiev ? De renverser le gouvernement ? D’ouvrir des négociations pour faire appliquer les accords de Minsk ? Ne connaissant pas les buts de guerre russe, il n’est pas possible de savoir si la Russie a atteint ou non ses objectifs, et donc si elle s’embourbe ou si elle réussit.

Comparer les guerres est toujours délicat, mais une brève mise en perspective de conflits récents permet de se faire une idée générale de la force de frappe russe.

Afghanistan 1979. Il faut trois mois pour officialiser la prise de Kaboul.

Afghanistan 2001. Kaboul est pris moins de trois semaines après le déclenchement des opérations.

Irak 2003. Les Américains mettent 19 jours pour entrer dans Bagdad.

Libye 2011. Il faut 6 mois aux forces otaniennes pour entrer dans la capitale.

Ukraine 2022. 2 jours et demi après le début de l’offensive l’armée russe atteint les faubourgs de Kiev, le gouvernement ukrainien demande l’ouverture de négociations.

Comparaisons hasardeuses, car aucune de ces opérations militaires n’est similaire. L’Ukraine étant limitrophe de la Russie il est plus facile d’y organiser une invasion qu’en faisant une opération de projection comme le firent les Américains en Afghanistan et en Irak. Toutefois, on ne peut nullement dire que l’armée russe s’embourbe. Trois jours après le déclenchement de l’opération se sont ouvert les premières négociations et le cessez-le-feu est déjà évoqué. À ce stade, il s’agit bien d’une opération militaire rapide et réussie. À ce stade seulement. Reste à voir ce qui adviendra dans les prochaines semaines. Gagner une guerre n’est pas trop difficile ; tenir un pays est beaucoup plus compliqué. D’un point de vue stratégique, la Russie a tout intérêt à signer un cessez-le-feu rapidement, à obtenir un accord favorable et à se retirer afin d’éviter une guerre urbaine et une guerre de partisans où elle ne pourrait que perdre.