Guerre en Ukraine... bombe iranienne : comment Israël est devenu un pivot de la diplomatie mondiale - Par Alexandre Del Valle
Au moment où le Conseil européen réuni à Versailles ce jeudi appelle à un « sursaut » face à la menace russe et tente d'anticiper la crise due aux sanctions (prix des matières premières, suppression des importations d'hydrocarbures russes en Europe, etc.), d'autres puissances pourtant liées à l'Occident, comme la Turquie ou Israël, ont une approche bien plus pragmatique. Loin de couper les ponts avec Moscou, leur offre de “médiation” est l'occasion de défendre leur intérêt national, ce dont les pays européens, prisonniers d'une dérive fédéraliste, sont désormais incapables : l'élargissement sans fin de l'OTAN et de l'UE vers l'Est depuis 2004 fait que les conflits des pays ex-soviétiques sont désormais les leurs…
Jeudi, le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Cavusoglu, a accueilli à Antalya ses homologues russe et ukrainien, Sergueï Lavrov et Dmytro Kouleba, dans le cadre de l’objectif d’Erdogan de réhabiliter son pays « capable de parler à la fois à l’Ukraine et à la Russie ». Un coup de maître pour le néo-Sultan qui fait ainsi oublier qu’en 2020, ses armes ont aidé l’Azerbaidjan à massacrer (dans l’indifférence totale de l’Occident) 7000 Arméniens du Haut-Karabakh, et que de 2014 à aujourd’hui, Ankara a tantôt aidé Daech, tantôt Al-Qaïda en Syrie puis envoyé ses jihadistes de Syrie en Libye puis dans le Caucase…
Quant à Israël, la visite samedi dernier de son Premier ministre, Naftali Bennett, à Moscou pour s’entretenir avec Vladimir Poutine, a inauguré une nouvelle phase dans cette crise majeure marquée par l’incapacité des Européens à dialoguer avec une Russie diabolisée qui démonise elle-même cet « Occident décadent ». Rappelons que c’est à la demande du chancelier allemand Olaf Scholz, après sa visite en Israël le 2 mars dernier, que Bennett a décidé de faire oeuvre de médiateur. L’Allemagne est en effet tiraillée entre une opinion publique, des pressions américaines et otaniennes intenses, et les écologistes du gouvernement, d’où la nécessité d’un émissaire pour porter des messages apaisants impossibles à tenir publiquement, sa crainte étant une rupture d’approvisionnements en gaz et en pétrole russes. Chacun essaie donc de gagner du temps et l’Allemagne avait d’ailleurs obtenu de ne pas inclure dans l’interdiction du système de paiement Swift par les banques russes gérant les achats de gaz par l’Allemagne…
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