Guerre et stagflation - Par Éric Chaney
La guerre que la Russie mène contre l’Ukraine et les sanctions qu’elle a entraînées ont déclenché pour l’économie mondiale un choc d’offre multiple et de grande ampleur : les offres d’énergie fossile, de denrées alimentaires comme le blé, de matières premières agricoles comme la potasse et les engrais, ou encore de métaux industriels, c’est-à-dire l’essentiel des exportations de la Russie et de l’Ukraine, sont toutes fortement réduites. Il en résulte pénuries et augmentation des prix mondiaux pour tous ces intrants.
Avant l’invasion de l’Ukraine, on parlait déjà d’un risque stagflationniste. Mais la source du risque était de nature temporaire, censée s’effacer au fur et à mesure d’un retour à la normale dans les chaînes de production. Tout a changé, car non seulement le choc est bien plus important, touche un plus large spectre de canaux mais surtout, il risque d’être durable.
Avant de traiter de l’économie mondiale, un mot de la Russie. Exclue du système financier international et privée de biens occidentaux allant de la technologie aux pièces détachées des avions, la Russie entre dans une spirale dépressive et inflationniste. La stratégie Poutine, si elle n’est pas rapidement enrayée, entrainera son pays vers une dépression durable, avec une baisse permanente d’activité de 15% à 20%, et une baisse du revenu réel de la population au moins aussi importante. Le choc est profondément asymétrique, touchant bien plus la Russie, mais il n’est pas négligeable pour autant pour le reste du monde.
