Adolescents tueurs : qui saura rendre du sens à la vie ? - Par Pierre-Marie Sève et Michel Maffesoli

Les violences entre jeunes, entre autres, font l'objet de multiples débats sur la notion d' "ensauvagement" de la société française.


Atlantico : Le 16 janvier, lors d’une bagarre entre jeunes, à deux pas d'un lycée dans le Val-de-Marne, un mineur de 16 ans est décédé. Un autre a été poignardé à la cuisse. Une enquête pour « homicide volontaire en bande organisée » et « tentative d’homicide en bande organisée » a été ouverte. Est-ce qu’on assiste à une hausse de ce genre de phénomène de violence chez les jeunes y compris les homicides ?

Pierre-Marie Sève : Je suis au regret de répondre par la positive. Oui, les violences entre jeunes augmentent très vite sur le temps long et les statistiques le prouvent. Cette délinquance des mineurs est plus nombreuse : il y avait 132 000 mineurs mis en cause par la police en l’an 2000. Ils sont 217 000 aujourd’hui. Mais cette violence est également plus grave : les tentatives d’homicide ont augmenté de 144% depuis 1996, les agressions (coups et blessures volontaires) ont augmenté de 124%. Les viols de 279%. Bref, les tendances de fond qui inquiètent les Français sont confirmées par les statistiques.

Michel Maffesoli : Il faut se garder de confondre la violence « ressentie » et les faits objectifs. Je ne sais pas du tout si ce phénomène est de plus en plus fréquent. Les statistiques officielles estiment à environ 850 le nombre d’homicides commis en France en 2021, avec une surreprésentation parmi les assassins d’hommes âgés de moins de 30 ans. L’augmentation du nombre total d’homicides entre 2020 et 2021 serait d’un peu plus de 50, mais bien sûr il faut prendre en compte le confinement..